L’Afrique du nord aura encore besoin de ses « sultans »

Je n’avais jamais cru au fameux « Printemps arabe ». C’est pourquoi, j’avais alors écrit à un ministre pour lui faire un petit rappel de l’histoire de l’Afrique musulmane (Afrique du nord  particulièrement) et les types d’institutions anciennes que l’on retrouvait dans ses provinces sous influence de l’Islam depuis le 8e siècle.

Dans ma correspondance, j’ai parlé de l’existence d’un système de type sultanat ou système du sultanat. Par système du sultanat, il fallait entendre, un ensemble social, économique, politique voire moral et idéologique d’une société sous l’influence d’un sultan.

On pourrait définir ledit pouvoir du sultan comme étant celui d’un l’individu qui s’est imposé comme chef temporel – puis souvent spirituel en exploitant la religion – après usage de la force et la perspective qui s’offre de pousser plusieurs tribus à adopter une interprétation unique du droit musulman.

En effet, jadis dans ce que nous appelons ici l’Afrique musulmane entre la Méditerranée et le Sahel, la raison alléguée pour justifier le dessein du sultan était au nom de la foi. Il y avait aussi un prétexte socio-économique: alléger les populations locales des multiples taxes illégales que certaines tribus en pouvoir de force pouvaient s’autoriser à collecter aux dépens des populations dominées. Plusieurs sultans se sont ainsi succédé jusqu’à la veille de la colonisation.

La multiplication des révolutions sociales sur cette zone dominée par les réalités du Sahara depuis le 11e siècle conjuguée avec les effets du colonialisme du 19e siècle porteur d’une idéologie contraire à l’idée de « dynastie arabe » ont contribué à l’émergence de « sultans laïcisés ». C’est-à-dire des hommes avec une formation militaire occidentale qui accèdent au pouvoir par l’usage de la force certes, mais qui ne s’inspireraient plus de l’idéologie islamique pour réussir leurs coups.

Néanmoins, des sultanats idrisside, almoravide, almohade, mérinide… au système actualisé des chefs militaires devenus présidents civils comme Kadhafi, Boutleflika, Moubarak, Ould Abdel Aziz; quelle différence sinon ce caractère d’usage de la force soumis à des exigences idéologiques modernes (?)

Conséquemment, même quand la force militaire laïcisé détient le pouvoir, elle est obligée de concilier avec la réalité traditionnelle qui finit de transformer le chef militaro-civil en sultan qui aura besoin de baigner dans la religion pour valider de manière imposante les lois de l’Etat moderne à différentes tribus attachées à leurs traditions.

Bouteflika, Kadhafi …, l’ont réussi jusqu’à ce qu’on leur impose le fameux « printemps arabe ». Nous connaissons la suite aujourd’hui en Égypte comme en Libye. Bref, tout nous conforte dans nos analyses… Nous gageons qu’on ne peut espérer qu’il naisse dans de tels pays une perception de la démocratie à l’occidentale; le « printemps arabe » n’était pas porteur de démocratie garante de toute tentative de re-surgissement d’un état islamique (c’est-à-dire qui s’inspirerait plus du droit musulman).

Ainsi, après les premiers élans de naïveté, il sera (encore) question d’user de la force, c’est-à-dire, de faire revenir les sultans laïcisés (traités parfois de dictateurs) pour tenter de saper toute forme de consolidation de l’état musulman en régénération.

Tel est le destin actuel de l’Afrique du nord, mais seul l’avenir nous étalera une partie de la vérité…

Publicités
Galerie | Cet article a été publié dans Afrique / Monde, Cultures & civilisations. Ajoutez ce permalien à vos favoris.