Sénégal: vers une cohabitation institutionnelle en Juin ?

En choisissant tactiquement de signer les Assises Nationales, Macky Sall avait alors accepté de jouer la dernière carte qui restait aux partis politiques cloués sur place par la révolution léthargique du M23.

Conséquemment, il sait (mais va-t-il s’y tenir) que l’opposition perdante du 26 mars 2012 est capable de lui imposer une Assemblée Nationale où il serait minoritaire voir même inexistant.
Voilà le danger que court le Sénégal et une des raisons pour lesquelles nous avions cru bon de défendre l’idée d’une victoire de Wade afin de mieux préparer le terrain de l’alternance ou de la succession au lieu de voter un « président par défaut » qui va endosser des Assises Nationales dont l’esprit n’a pas encore été totalement saisi par les Sénégalais.

En d’autres termes, ce qu’on ne vous dit pas jusque-là, c’est que l’opposition perdante sait bien que la vraie alternance comme la veulent les « Assises Nationales » désormais, se fera en Juin 2012 après les élections législatives.

Ainsi, si Macky Sall respecte sa parole donnée aux « Assises Nationales », le Sénégal expérimentera incontestablement et pour une première fois une cohabitation institutionnelle.

Encore une fois, et nous espérons nous tromper, – même si l’on sait que Me Wade avait toujours l’habitude de demander aux Sénégalais à chaque défaite face à Diouf, de lui confier l’Assemblée Nationale – les choses vont trop vite sans préparation préalable pour les Sénégalais et l’électorat de Macky Sall surtout.

La charte des Assises Nationales est un gros piège pour le président Macky Sall qui a donc remporté une victoire sans réellement savoir qu’elle est sa force réelle (celle de son parti en effet). Or, s’y ajoute que dans le cas présent de la Charte des Assises Nationales, la présidence de Macky Sall sera très catastrophique s’il devait la respecter à la lettre. L’APR va-t-il être le parti qui gagne en se coalisant toujours, c’est-à-dire obligé de demander à un grand Parti en l’absence de Macky Sall comme le veulent les Assises Nationales de faire les législatives ensemble ?

Pour le savoir, il suffit de la relire en son (ARTICLE) IV (Institutions, Liberté et Citoyenneté) où il est dit que, « en ce qui concerne les institutions » :
[…]
Les différents pouvoirs doivent être bien équilibrés, et jouer leur rôle avec l’autonomie suffisante pour exercer pleinement leurs missions. C’est pourquoi notre action commune visera à promouvoir la réforme des institutions selon les principes ci-dessous énoncés :

• Mettre un terme, d’une part, à la tendance à la concentration excessive des pouvoirs à la présidence de la République notée à la suite de la crise de 1962 et qui s’est accentuée depuis l’alternance, en l’an 2000 et, d’autre part, à toute immixtion du Président de la République dans le fonctionnement du législatif et du judiciaire. L’exécutif dans son ensemble doit s’abstenir de toute interférence dans le fonctionnement normal de la justice ;
• Le Président de la République sera dorénavant passible de poursuites judiciaires pour des crimes et délits caractérisés commis dans l’exercice de ses fonctions ;
Le Président de la République ne peut être ni chef de parti politique ni membre d’une quelconque association durant l’exercice de ses fonctions ;
• À la fin de son mandat, un membre de la famille du Président de la République (ascendant descendant, collatéraux, au premier degré, conjoint) ne pourra pas lui succéder ;
Le gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale de la formulation et de l’exécution de la politique de la Nation ;
L’Assemblée nationale devient le lieu d’impulsion de la vie politique, avec des députés porteurs d’une éthique compatible avec les exigences de la démocratie et de celles de leur charge ;
Elle dispose des moyens de contrôler l’action du gouvernement. Le cumul de mandats et le nombre de mandats successifs sont strictement limités pour toutes les fonctions électives.
[…];

Nul besoin de commentaires pour expliquer la grande nouveauté qui va s’imposer à Macky Sall (s’il veut bien sûr jouer le jeu imposé). Car avec ses 26% du premier tour, dans le cas où il est supposé que Macky Sall ne peut plus être président de son parti, ce sont donc des inconnus qui vont aller faire de la politique pour avoir les députés nécessaires pour Macky Sall à l’Assemblée Nationale.

Mais en face de ces inconnus, on aura des coalitions et des chefs de partis candidats malheureux aux élections présidentielles. En d’autres termes, si Abdoulaye Wade décidait d’aller faire campagne pour que le PDS gagne l’Assemblée Nationale, il y a de forte chance que le PDS soit majoritaire à l’Assemblée Nationale.

Et si Wade restait donc pour ce dernier combat…?
Non. Me nous vous le déconseillons, il serait préférable que vous alliez prendre Idy comme vous le suggériez lors de votre meeting à Thiès.
Alors, d’un autre côté, si Idrissa Seck revenait au PDS ( ?), le grand combat pour la succession sera lancé sans Macky Sall. Et sans oublier aussi si jamais les socio-démocrates Niasse, Tanor, Bob décident enfin de s’unir pour l’Assemblée Nationale…

Bref, tout semble indiquer que Macky Sall, pour ne pas dire le Sénégal va vers de grosses difficultés sur le plan institutionnel surtout.
Y-sont-ils préparés, l’avenir de tous les dangers que nous voulions éviter nous le dira ?

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