Sénégal: 2nd tour, une histoire de succession d’erreurs politiques ?

En engrangeant successivement les soutiens d’Idrissa Seck, celui qui pouvait faire gagner Wade au second tour et Ousmane Tanor Dieng le malchanceux dauphin du président Abdou Diouf, Macky Sall semble se rapprocher inéluctablement de la victoire finale.

Néanmoins, il est besoin ici de dire que nous risquons de revivre la situation de 2000. L’opposition sénégalaise dans la seule volonté de faire partir Abdou Diouf avait décidé de voter Wade en fermant les yeux.

Wade dont on ne parle pas jusqu’ici de son bilan est devenu le « Président par défaut », le symbole « d’une alternance piégée », le monstre à abattre. Il est en plus attaqué sur d’autres questions qui n’ont rien à voir avec le quotidien des Sénégalais. Non !

Bizarrement au Sénégal on fait la campagne électorale sur l’inconstitutionnalité de sa candidature, sur son « Wax Waxhet » (se dédire). On enferme ainsi les Sénégalais sur des futilités politiques, et on refuse de les inviter à s’instruire du le contenu des projets de chaque candidat.

Voilà une situation qui nous fait penser que ces élections vont encore donner aux Sénégalais « Un président par défaut », « une succession piégée »; ce serait certainement le titre d’un prochain livre.

Parce qu’on veut faire partir Wade, on préfère une nouvelle fois fermer les yeux sur son successeur. L’élève est soutenu par « tous » dans un total prosaïsme de gestes et d’attitudes supposément morale (en politique ?), tandis que le maître est accablé de poncifs politiques de toutes sortes qui sont servis à longueur de journée aux Sénégalais. Nous sommes bel et bien dans le scénario de la succession des erreurs politiques qui feront l’histoire des seconds tours au Sénégal.

D’abord parce que Macky Sall est soutenu par une coalition de partis politiques dont on ne connait pas le discours politique, sinon le fait que ce sont souvent des mouvements aux ambitions contradictoires et parfois animés par d’anciens laissés-pour-compte du régime. Ensuite, ceux qui aujourd’hui apportent leur soutien à Macky Sall pour le second tour sont aussi dans des coalitions assez hétérogènes.

S’il est vrai que la somme de tous ces soutiens peut aider Macky Sall à remporter la bataille de la succession de Wade – Idrissa Seck ayant refusé de lui compliquer la tâche. Il va bien falloir un jour comprendre sur quelle base ces partenariats lui sont apportés ?
Macky Sall est-il, en cas de victoire, la preuve que la candidature de Wade est inconstitutionnelle (chiche!)?
Un deuxième tour avec toutes ces alliances ne légitimerait-il pas au contraire la candidature de Wade, et si Wade remportait ce deuxième tour, va-t-on redescendre dans les rues pour reparler encore d’inconstitutionnalité ? Vote-t-on pour Macky Sall parce qu’il avait présenté un programme politique qui aurait convaincu ?

Mais encore une fois, nous restons convaincu que la victoire de Wade est plus que jamais souhaitable afin de préparer autrement l’alternance, voire même sa succession dans 2 ans.

Pour terminer, offrons un petit rappel de certains éléments que l’opposition n’a jamais pris en compte. En effet, voici le type de succession que Wade voulait proposer aux Sénégalais et qu’on a vite considéré comme une forme de promotion de son propre fils (la fameuse dévolution monarchique).

Lors d’un Conseil des ministres (jeudi 16 juin 2011), au Palais de la République, sous la présidence de Me Abdoulaye Wade, président de la République, il a été examiné et adopté:

« un Projet de loi constitutionnelle instituant le ticket de l’élection simultanée, au suffrage universel du président et du vice-président de la République […] »

En d’autres termes, contrairement à la loi constitutionnelle n° 2009-22 du 19 juin 2009, ce nouveau projet de loi voulait désormais que le Président et son Vice-Président de la République soit élu lors des élections présidentielles.

En effet, dans la constitution révisée à la date du 2 juin 2009, il est prévu un poste de vice-président. Ainsi l’article 26 de la nouvelle constitution sénégalaise prévoit comme suit :

[Article 26] – Le Président de la République peut être assisté d’un vice-président qu’il nomme après consultation du Président du Sénat et du Président de l’Assemblée nationale, pour une durée ne pouvant excéder celle de son mandat. Il met fin à ses fonctions dans les mêmes formes. Le vice-président occupe, dans l’ordre de préséance, le deuxième rang.

Pour beaucoup, Wade voulait instituer en juin 2011 un poste de Vice-Président pour y mettre son fils. Or, dans l’actuelle constitution, c’est le président qui se choisit un Vice-président quand il veut…qu’attend-il pour y mettre son fils si dévolution monarchique il y a (pour vous dire que nombreux sont ceux qui ignorent les textes des institutions sénégalaises) ?

Mais voici qu’à la la veille de la présidentielle de 2012, il proposait un projet de loi qui aurait pu largement avantager l’opposition socialiste qui pouvait former un ticket Niasse-Dieng pour aller aux élections.

Nous avions ici même commenté l’actualité en supposant que la coalition Benno pouvait aller en campagne en partageant les postes de Président et Vice-président de la République entre messieurs Niasse et Dieng, les deux anciens socialistes qui sont allés aux présidentielles de 2012 pour arriver respectivement 3e et 4e.

Si au lieu de refuser en bloc ce qui devait être voté le 23 juin 2011 par l’Assemblée Nationale, ils s’étaient entendus d’aller ensemble aux élections dans l’unité avec le choix d’un Président et de son Vice, il est certain qu’on aurait eu aujourd’hui un autre scénario.

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