Le destin commun entre Gbagbo et Wade

Il y a quelque chose qui lie les Présidents Abdoulaye Wade et Laurent Gbagbo. Longtemps restés les éternels opposants contre les pouvoirs des indépendances et leurs héritiers (Houphouet Boigny – Konan Bédié/ Senghor-Abdou Diouf), longtemps considérés comme la référence en matière de lutte pour la construction de la démocratie en Afrique de l’Ouest, les deux hommes sont devenus des ennemis jurées à partir des années 2000 quand ils accédèrent au pouvoir.

Tout à coup, leurs idéologies se mirent en travers de leur engagement pour le panafricanisme. Alors qu’on les attendait pour voir comment ils allaient consolider cette démocratie dont ils ont longtemps lutté pour, Abdoulaye Wade et Laurent Gbagbo devinrent à la fin de leurs parcours les ennemis de cette démocratie selon leurs adversaires politiques.

S’y ajoute qu’à la veille de la cris ivoirienne, le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade ne ménagea aucun effort pour participer à la construction de l’image négative de Laurent Gbagbo qui avait fini par être traité de dictateur.

On se rappelle de cette phrase assassine du président sénégalais:

Un Burkinabé subit en Côte d’Ivoire ce qu’un noir ne subit pas en Europe.

C’est ainsi que parlait « l’intellectuel qui se voulait libre » tout en sachant qu’il était un président avant tout qui était en train de faire la caricature du régime ivoirien pays où se trouve une forte communauté sénégalaise.

Que Wade se permette d’offrir un avis osé sur le racisme, la xénophobie et l’intolérance en Afrique en s’en prenant à la Côte d’Ivoire où les conditions de vie des Burkinabés l’intéressent tout en mettant en jeu celle des Sénégalais établis dans ce pays est une pure folie diplomatique si l’on ne savait pas les raisons d’une telle démarche.

Wade a ainsi participé à la propagande anti-Gbagbo depuis 2001 qui a conduit inéluctablement à la classification de ce dernier parmi les dictateurs africains.

Même si nous ne connaissons pas les critères utilisés pour « classer » les présidents africains dans la caste des despotes, nous sommes moins surpris de découvrir que dans un nouveau classement « The African Presidents Index: The good, the bad and the ugly », qui prend en compte les questions de corruption, de violence, de pauvreté et des crises électorales, on retrouve Abdoulaye Wade et Alassane Ouattara comme les premiers dictateurs Africains.

Quelle ironie ?
Si Gbagbo le tyran doit quitter le pouvoir sous l’usage de la force pour être remplacé par un démocrate en l’occurrence Alassane Ouattara, qui finit à la tête des dictateurs africains, suivi de son précieux collaborateur, j’ai nommé Abdoulaye Wade; il va bien falloir se poser la question de savoir qui sont les vrais démocrates dans toute cette mascarade.

Quoi qu’il en soit, on voit bien que Wade et Gbagbo ont plus ou moins le même destin et l’histoire nous dira demain qui réellement des deux a réellement oeuvrer pour la démocratie et la souveraineté des institutions africaines.

Pour l’instant, Gbagbo est au CPI et beaucoup d’ivoiriens souffrent sous la dictature ivoirienne actuelle si l’on en croit au The East African Magazine tandis que Wade se bat quotidiennement et tire sur tout ce qui bouge afin de préserver son image de démocratie.

D’ailleurs il a désormais un langage panafricain, notre mercenaire en cravate tient un discours populiste contre l’impérialisme qu’il a servi aussi bien contre Gbagbo que contre Kadhafi.
On l’a ainsi entendu dire lors d’un meeting politique que  » …les grands pays, les pays de l’Europe, les Etats-Unis, [font des violations constantes] des droits des émigrés, c’est inacceptable ».

Une bien belle manière pour lui de minimiser la violence politique et la répression policière contre l’opposition qui s’oppose à sa candidature. La violence au Sénégal, c’est cette opposition qui l’a créée pour établir les conditions d’un report des élections voire d’une ingérence internationale contre Wade.

Certes, je défends des principes pour dire que je n’ai rien contre Me Wade, mais vivement la lettre imaginaire de Gbagbo à Wade !

Publicités
Galerie | Cet article a été publié dans Afrique / Monde, Cultures & civilisations, Senegambiana. Ajoutez ce permalien à vos favoris.