CEDEAO: Repère de mercenaires en cravates à la solde de la France

Alassane Ouattara tombe-t-il au bon moment pour Abdoulaye Wade ?
La presse africaine et celle dans la zone ouest africaine plus particulièrement a peu parlé du changement survenu à la tête de l’institution sous régionale, la CEDEAO. Et bizarrement, c’est la presse française qui nous en parle le mieux (que celle ivoirienne d’ailleurs).

C’est à la fois étonnant et amusant de voir que les journaux français on line ont rivalisé de titres pour nous annoncer l’arrivée d’Alassane Ouattara le président ivoirien à la tête de cette institution totalement dépendante de la France sur tous les plans et souvent utilisée par la même France pour entraver la bonne marche de l’UA (voir à ce propos ce qu’en pense l’Afrique du Sud qui tient coûte que coûte à prendre la présidence).

Relevons un fait assez révélateur, depuis que cette institution a été créée, les ivoiriens ne se sont pas bousculés pour être à sa tête. Et pourtant, il suffisait qu’ils claquent des doigts pour le faire.

Ainsi, pendant tout le temps que le président Houphouët Boigny était considéré comme un sage (?) en Afrique, jamais il ne s’était occupé de prendre la direction de la CEDEAO. Lui au moins n’avait pas besoin d’une telle carapace pour prouver qu’il était le chef incontournable de la FrançAfrique.

Ne parlons même pas de Laurent Gbagbo qui dès son arrivée au pouvoir s’est retrouvé face au piège de la dite CEDEAO sous la direction du Président Abdoulaye Wade qui était alors à sa tête (2001-2003).

Après avoir réussi à transformer des putschistes anti-Gbagbo en rebelles et diplomates ivoiriens invités à de multiples sommets suite à leur agression contre l’Etat ivoirien un 22 septembre 2002, Wade fut récompensé d’un prix Félix Houphouët Boigny.

Nous connaissons le chemin qui mena à un 11 avril 2011. On est passé de l’inefficacité de la CEDEAO ou plutôt de l’utilité de la CEDEAO en tant qu’instrument de la France qui avait alors demandé d’user de la force pour sortir Gbagbo de la présidence pour implanter Alassane Ouattara, à l’arrivée de ce dernier, A. Ouattara, comme premier ivoirien à la tête de cette organisation en 2012 en pleine crise électorale au Sénégal (cette fois-ci).

N’est-ce pas ironique alors d’entendre Alassane Ouattara nous dire :

Je voudrais profiter de cette occasion pour renouveler la reconnaissance de la Côte d’Ivoire pour le rôle crucial joué par la CEDEAO pour faire triompher la démocratie et pour l’engagement personnel de chacun des chefs d’Etats dans le dénouement de la crise ivoirienne. Je voudrais associer à ces remerciements, tous les autres acteurs de notre organisation commune, notamment les membres du conseil des ministres, les chefs des institutions, les commissaires et l’ensemble des fonctionnaires et agents, qui de façon périodique ou quotidienne, œuvrent à la réalisation de nos objectifs.
Des millions d’africains fondent leurs espoirs sur une contribution positive et décisive de notre part, pour faire de notre région un ensemble uni, en paix, et porteur de valeurs démocratiques. Ce sont ces valeurs qui font la prospérité des grandes nations.
De nombreux efforts ont certes été accomplis, mais il reste encore plusieurs défis à relever, pour parfaire notre union et la mettre au service de nos populations.

Bel exemple de comment on se complait en parlant de démocratie quand on voit la manière dont monsieur Ouattara est arrivé au pouvoir.
L’homme a accédé à la présidence ivoirienne comme un tyran. Le pays vit dans l’arbitraire total, et il a le courage de parler en démocrate aux Africains :

Je voudrais, à ce stade de mon propos, partager avec vous quelques axes de réflexion pour relever les grands défis auxquels notre région est confrontée. Au plan politique, notre ambition sera de renforcer les institutions, la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance afin de garantir la paix durable et le développement dans notre zone. A cet égard, la mise en place d’une structure régionale de contrôle et de certification des processus électoraux pourra aider à la promotion de la démocratie dans notre région.

Mais la partie la plus cocasse dans le discours d’Alassane Ouattara nouveau chef de la CEDEAO vient quand il se prononce sur les questions de sécurité sur le plan sous régional après qu’il ait lui-même bénéficié de cette insécurité :

Au plan sécuritaire, notre sous-région fait face à de nouvelles menaces, qui entraînent la résurgence de conflits anciens, fragilise des pans entiers de nos sociétés et menacent nos capacités de défense. C’est le lieu d’appeler à la définition d’une politique de défense commune, à la mutualisation de nos moyens, afin de juguler la poussée du terrorisme, de reprendre le contrôle de nos côtes livrées à la piraterie maritime et de contenir les flux d’armes qui aggravent la criminalité et le grand banditisme. Mais le défi sécuritaire, comme partout, appelle également au renforcement des partenariats stratégiques en matière militaire, afin de moderniser l’ECOMOG, notre instrument de défense. Il est donc essentiel, que la concertation entre les différents Etats membres de la CEDEAO se renforce davantage, en vue de parvenir à des positions communes sur les grandes questions d’actualités. Ces positions communes devront être appliquées rigoureusement par chacun des membres de notre communauté.

Voici un monsieur qui a une horde de soldats sortis tout droit de la rébellion, qui ne peut compter que sur l’armée française qui l’a mis au pouvoir pour se protéger contre son troupeau de putschistes, de chasseurs traditionnels, de vagabonds et autres bandits de grands chemins reconvertis en force républicaine ; c’est cet homme qui ose nous étaler un plan de sécurité ouest-africain après avoir mis en déroute l’armée de métier ivoirienne.

Quid du renforcement des partenariats stratégiques en matière militaire et la modernisation de l’ECOMOG, ces objectifs qui sortent de la bouche d’un sous-préfet de la France; n’est-ce pas que le ridicule ne tue pas ?

Le même Alassane Ouattara, le premier ouest africain d’ailleurs à avoir établi une carte de séjour pour « étrangers ouestafs » en Côte d’Ivoire dans les années 1990, ose nous parler aujourd’hui en 2012 d’une « CEDEAO des peuples » après les avoir lui-même, identifiés, différencié et fait payé leur « non-ivoirité » à travers l’exhibition d’un papier dans lequel on mentionnait ton origine ?

Qui ose encore croire que ce sont les mêmes hommes politiques africains de la fin du 20e siècle qui vont faire évoluer les choses, ces « mercenaires en cravates » au service de leurs petits intérêts vaniteux ?

Vous croyez réellement au blabla de monsieur Ouattara quand il dit par exemple :

Je voudrais, pour terminer, vous dire que j’ai foi en la CEDEAO, en son avenir, et à sa place en Afrique et dans le monde. J’ai foi en sa capacité à faire entendre sa voix, sur les grandes questions de la planète, à concevoir et à construire une Afrique moderne. C’est conscient de ces atouts que je suis certain du rôle diplomatique et politique que saura jouer notre organisation commune, pour faire entrer l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations Unies, en qualité de membre permanent. Je suis convaincu qu’ensemble, unis et solidaires, nous pourrons relever tous ces défis et réaliser nos ambitions communes.

Ne soyez pas naïf à moins que vous soyez un politicien caché qui aimerait lui aussi attendre pour voir s’il y trouvera l’opportunité de critiquer et de promettre.

A propos, n’y a-t-il pas conflit d’intérêts entre la CEDEAO (sous Alassane Ouattara) et l’UA ? Cette CEDEAO n’est-elle pas en train de jouer en solo pour faire entrer opportunément un pays de sa zone au conseil de sécurité des Nations Unies ?

On l’avait soupçonné (Mercenaires africains, un siège permanent à l’ONU n’est qu’une pacotille moderne !), toutes les gesticulations de nos chers tirailleurs modernes c’était pour de petites récompenses. Les élites vieillissantes africaines sont encore obnubilées par les institutions internationales après avoir été longtemps bernées sous des notions géopolitiques (guerre froide, bipolarisation et autres).
Ainsi, la course pour obtenir un siège permanant au conseil de sécurité des Nations Unies est faite sans demander à la jeunesse africaine ce qu’elle pense de ces institutions.

C’est ainsi que la CEDEAO s’est transformé en instrument de promotion personnelle, soit pour acquérir le label de démocrate africain, soit pour participer à l’entrave de la souveraineté des peuples, la collaboration à des actions de coups d’Etat institutionnalisés au nom du droit d’ingérence. Nos présidents Ouest-Africains sont ainsi les présidents les plus mal élus en ce début du 21e siècle. Faites un tour d’horizon et vous comprendrez.

Est-ce un hasard ou une belle coïncidence pour Abdoulaye Wade le président sortant sénégalais qui fait face à des contestations de tous genres contre sa candidature ?

Du moins, nous pouvons soupçonner que ce ne peut être qu’une bonne nouvelle pour Wade. Pour autant, la politique reste la politique, c’est le lieu du mensonge et de la forfaiture : « le souverain n’a aucune parenté » selon une philosophie bien Wolof du Sénégal. Et quoi qu’il en soit, les élections sénégalaises serviront d’abord à Alassane Ouattara comme président en exercice à la tête de la CEDEAO pour redorer son blason. Si la crise politique au Sénégal s’intensifie, il sera certainement le premier à intervenir au nom de la CEDEAO.
A suivre donc…

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