La gauche sénégalaise et l’art de perdre en politique

C’est la division du Parti Socialiste sénégalais qui a « construit » Wade le président libéral qui ne lésine pas sur les moyens de tous genres pour se maintenir au pouvoir. Or, notre cher président Abdoulaye Wade n’est jamais en contradiction avec son idéologie et sa famille politique. De la Côte d’Ivoire à la Lybie, quand vient le moment de soutenir un président de la mouvance libérale, il est là en mercenaire en cravate. Wade ne s’est pas opposé à Laurent Gbagbo parce qu’il n’aimait pas sa tête.
Non, loin de là. Son animosité envers le président Gbagbo n’est qu’idéologique pas plus.

Aussi, on n’imaginerait mal par exemple que Wade soutienne un candidat de la gauche politique pour bouter Abdou Diouf hors du pouvoir en 2000. Et pourtant c’est cette gauche qui a fait de lui le « monstre politique » qu’on veut interdire de se présenter aux élections présidentielles de 2012. Telle est la contradiction que vit la gauche au Sénégal.

Dans la panoplie des courants du socialisme, on retrouve une élite qui a été à l’école des idéologies (qui sait ce que c’est un courant politique) qu’elle soit communiste ou socialiste (socialisme négro-africain). Les premiers, nos amis communistes qui sont souvent des universitaires sont les vrais adversaires de Wade même s’ils l’avaient « utilisé » en 2000 pour mettre fin au long règne d’Abdou Diouf l’héritier de Senghor dont le seul acquis a été sa formation à l’idéologie coloniale.

Aujourd’hui encore, c’est eux qui essaient de construire une opposition mécanique anti-candidature de Wade après l’échec du choix d’un candidat unique pour l’affronter aux présidentielles. Ceux qui s’étaient entendus de s’unir pour battre Wade aux élections après échec, veulent désormais s’entendre pour l’interdire de se présenter à ces mêmes élections où ils avaient imaginé pouvoir le battre, en d’autres termes reconnus la validité de sa candidature.

Derrière une telle trouvaille de dernière heure, on retrouve comme nous disions nos amis communistes, marxistes/léninistes intellectuellement plus armés que n’importe quelle élite politique partisane sénégalaise. Ils usent de toutes les subtilités que leur capacité d’analyse leur donne pour mettre le Sénégal dans la rue et faire passer en douce des méthodes héritées de leur idéologie. Nous assistons ainsi à une « révolution sans marabout (guide religieux) » (voir ailleurs, ce que nous entendons par là) qui nous semble purement utopique (gageons!)

Certes, le M23 (Mouvement du 23 juin) a ainsi réussi à rassembler la grande famille des anciens partisans des partis de la gauche interdite sous Senghor. Mais aussi des candidats qui ne connaissent rien des idéologies politiques, des socialistes/progressistes et mêmes des libéraux finis. Nonobstant, les finalités d’un tel combat sans unité sérieuse nous paraissent trop impulsives.

C’est-à-dire que la nouvelle opposition contre la présence de Wade aux élections sans respect des institutions sénégalaises obéit à des tendances, exploite les humeurs incontrôlées d’une jeunesse qui avait envie de « casser du vieux », voire une jeunesse qui réclamerait des droits à la légalisation du « Yamba » (suivez mon regard) et qui ne tarderait pas à se calmer abandonnant une opposition profiteuse toute seule dans les rues.

L’opposition sénégalaise anti-wade est bien consciente de ses faiblesses, que désunie elle ne pourra pas battre le président sortant. Cela, elle l’a expérimenté aux élections présidentielles de 2007, ce qui l’avait conduite d’ailleurs (une partie d’elle) à boycotter les législatives.

Aujourd’hui, face a « l’impossible nécessité » de s’unir pour battre Wade, elle surfe entre le choix de boycotter ou demander l’impossible pour cacher son incapacité. C’est-à-dire finalement comme on le constate ces derniers jours la création d’une unité contre la candidature d’Abdoulaye Wade tout en sachant que c’est une démarche dangereuse.

Wade est bien candidat à sa propre succession, il s’est lancé dans la campagne électorale, là où elle se présente comme unie de manière factice contre cette candidature. On voit mal comment elle pourrait réussir son objectif.
Va-t-il falloir allonger le calendrier des élections afin de permettre à cette opposition – qui s’attarde dans des rassemblements d’unité sous la coupole du M23 et où on épie tout un chacun pour voir qui a mobilisé le plus – d’aller battre campagne contre ses propres leaders et sans Abdoulaye Wade ? Comment comptent-ils combler le vide si jamais le parti au pouvoir venait à ne pas avoir de candidat à ces élections ? Est-ce que la néo-opposition libérale s’attend à succéder Wade tout en tirant profit d’un mécanisme électoral de fraude mis en place par le même Wade pour faire gagner son parti comme on l’accuse actuellement ?

Autant de questions que l’on devrait se poser en regardant les différents courants à l’intérieur de la nouvelle unité anti-Wade. Qui joue réellement franc jeu dans cette opposition sénégalaise profondément divisée et qui a grandement déçu les Sénégalais?

Néanmoins, on peut avancer sans risque de se tromper que le grand perdant c’est le socialisme sénégalais qui s’est inscrit à l’école de l’art de perdre en politique. L’ensemble des courants du socialisme et les élites à la tête de ces partis sont en train de mettre à genoux cette idéologie qui n’attire plus grand monde et au risque de jeter les générations futures de Sénégalais dans les bras d’un libéralisme débridé tel que symboliser par le régime de Wade.

Le bon côté des choses, c’est certainement la mort des concepts idéologiques au Sénégal. Ils ne sont plus nombreux ceux, parmi les jeunes qui lisent la philosophie de Senghor sur le socialisme (à plus forte raison un livre Marx ou Lénine). On adhère dans un parti pour espérer devenir ministre demain et gérer le pays selon les politiques de l’impérialisme moderne en étant disciple de son marabout !

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