Audrey Pulvar: il aurait fallu inventer l’intellectuelle s’elle n’existait pas – (lire : Y’a bon Obamania)

Je n’ai rien à dire à propos d’Audrey Pulvar…
Sinon et de manière bête et égoïste: comme j’aurais aimé qu’on ait les mêmes racines ancestrales…

Il faut dire qu’à chaque fois que je découvre ses commentaires j’ai de la peine à croire que c’est une journaliste.
Pour moi, c’est une intellectuelle finie telle qu’on en rêve dans ce monde où reigne la fabrication du consentement ou si vous voulez la védélisation.

Bref, découvrez son dernier commentaire… (nous avons multiplié les paragraphes)

« Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît« *

Quel dommage !
L’article a disparu. Pfuit !
Envolé !
Une multitude de liens y menaient pourtant, mais quand on clique dessus, on tombe sur un pinceau de maquillage et un poudrier rose.
Ah bon ?
Bah… on est sur le site du magazine Elle donc n’en demandons pas trop non plus !
Contentons-nous de réclamer de ce magazine un minimum de respect dû à ses lecteurs et de rigueur de la part de ses « journalistes »…
Par exemple quand il prétend décrire le « phénomène » Black Fashion Power dans un article dont la bêtise et l’inanité ne tarderont pas à servir de modèle du genre « papier de merde », dans les écoles de journalisme.
Sur les captures d’écran réalisées par quelques bloggeurs, on peut tout de même lire cet article fantôme. On y apprend que, ouvrez les guillemets : « Dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un Noir, le chic est devenu une option plausible pour une communauté [noire] jusque-là arrimée à ses codes streetwear ».

Ainsi, avant les Obama, les Noirs, au moins aux Etats-Unis, ignoraient-ils « le chic ». Pas une option pour eux.
Voilà qui fera plaisir à Condoleeza Rice. Comme à des cohortes de Noirs, femmes et hommes, maires, députés, conseillers politiques de premiers plans, architectes, médecins, secrétaires, banquiers, policiers, juges, avocats, enseignants, cinéastes, comédiens on en passe et des meilleurs, se mouvant tous les jours dans leurs villes, leurs rues, leurs bureaux, leurs métros en affichant les mêmes codes vestimentaires que les milieux dans lesquels ils évoluent. Ont-ils attendu le couple Obama pour mettre au placard la ceinture de bananes et les soutiens gorges en noix de coco ?
Ah non, on a mal lu : ils étaient « arrimés au streetwear »… ?!
Mais combien d’entre eux, imagine la journaliste du magazine Elle, se présentent au bureau habillés façon « streetwear» ?
A moins que dans son esprit, un Noir ne soit destiné qu’à tourner des clips de rap ou à vendre de la drogue aux coins de rues, dans la tenue préférée des petits dealers: jean baggy et tee-shirt XXL ?

La stupidité de l’article ne s’arrête pas là, puisqu’il nous est expliqué que dans le sillage de Michelle Obama, qui décline « en mode jazzy », forcément, le vestiaire de Jackie Kennedy, « l’audace et la créativité se sont réveillées »… Mazette !
Sainte Michelle, un temps adepte de robes à fleurs importables, nous montrerait donc la voie ! Mais attention, pour les noires fashionistas, les « black-geoises » comme les surnomme Elle, bien qu’ayant « intégré tous les codes blancs » (sic), pas question d’oublier leurs « racines » !

Ainsi, ces nouvelles égéries du style n’oublieraient jamais de casser le classicisme blanc avec « un boubou, un collier en coquillage ou… une créole de rappeur » !
Ben voyons !
Mais au fait, madame la journaliste de Elle, de quelles racines parle-t-on exactement pour des Noirs présents depuis 4 siècles sur le continent nord-américain et qui, comme d’autres communautés, ont bâti, au prix que l’on sait, leur pays d’aujourd’hui ? Et en quoi la « communauté noire » est-elle une entité homogène et moutonnière ?

Pour appuyer sa navrante démonstration, Elle.fr déforme les propos de John Caramanica, journaliste mode au New York Times, ça fait toujours sérieux. Caramanica estimerait, nous dit Elle, que ce retour au style constitue pour les Noirs « une source de dignité »… Un détour par le site du journal américain montre pourtant que Caramanica consacrant un article à deux jeunes Noirs de Brooklyn, créateurs de mode très en vogue, écrit qu’ils perpétuent une tradition datant de l’émergence de Harlem et ayant accompagné les luttes menées par les Noirs, pour le respect de leurs droits fondamentaux, tradition du vêtement comme vecteur de leur dignité.

L’article imbécile et raciste de Elle, provoque à juste titre l’indignation et les moqueries de milliers d’internautes, en France comme aux Etats-Unis où il est relayé par plusieurs sites. Des excuses sont-elles une « option plausible » pour ce journal ?
Affaire à suivre.

© Audrey Pulvar
*Lino Ventura dans le film « Les tontons flingeurs » (1963)
Un film réalisé par Georges Lautner et dialogué par Michel Audiard

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