Abdoulaye Wade et les restes de la dépouille d’Aline Sitoé Diatta

Le président sénégalais Me Abdoulaye Wade aurait promis en annonçant lors d’un « Conseil des ministres, sa décision de faire rapatrier du Mali les restes de la dépouille de l’héroïne sénégalaise, Aline Sitoé Diatta. »

Selon la dépêche de l’APS du 25 nov. 2011, « Me Wade entend ainsi répondre à la demande des populations et des cadres casamançais , a expliqué que cela se fera avec la coopération des gouvernements français et malien. »

En convoquant la France et le Mali dans cette « promesse politique », le président Sénégalais nous autorise à replacer la question du rapatriement dans son contexte colonial, car Aline Sitoé est déportée hors de son village natal en 1943 (Cela nous rappelle « le discours sur le colonialisme » de Césaire…)

Or, en 1943, comme nous le démontrions ailleurs, la Casamance n’était pas sénégalaise.
Aline Sitoé Diatta elle-même est une résistante à la présence administrative coloniale qui n’était ici réelle que dans sa politique économique de spoliation des cultivateurs ajamaat avec le prélèvement de l’impôt de capitation qui n’est autre qu’une razzia quand le pouvoir colonial pouvait dépêcher ses milices militaires pour aller piller en Casamance.

Aline Sitoé, Kouyto, Alañ Diso… et bien d’autres personnes se sont opposées à cette présence coloniale efficacement économique qui accablait avec ses invasions incessantes les populations locales.

Mais jamais elles n’ont renié leur identité ajamaat, jamais elle n’ont accepté la présence administrative de l’inventeur de la Colonie française du Sénégal ou du District de la Casamance.

On ne peut pas croire aussi que ce serait au Mali dans son exil où sous sa tombe qu’Aline Sitoé serait devenue une sénégalaise ou plutôt une française. 

En effet pour une personne morte en 1944, elle serait plutôt française et non sénégalaise.
Les Sénégalais en Casamance, ce sont les élites qui ont vu l’indépendance du Sénégal alors que, même jusqu’à nos jours il y a des centaines de milliers de casamançais qui refusent d’acquérir la nationalité sénégalaise là où certains le font pour les commodités du harcèlement militaro-sécuritaire qu’on trouve dans la région avec une métastase de cantonnement militaires et leurs check-points incessants.

Je suis Sénégalais et je peux le revendiquer.
Mais je refuse qu’on me dise qu’Aline Sitoé Diatta est une Sénégalaise. Elle n’est pas une sénégalaise et elle ne peut pas être sénégalaise. Il faut oser dire cela.
Maintenant si la France considère qu’elle est française on pourrait au moins l’accepter, car morte dans les mains et sous l’administration coloniale qui avait tendance à emprisonner au nom de la loi française et non sénégalaise. Elle le serait donc devenue (française) par la force des textes coloniaux largement contestables !

Autant de questionnements qui nous permettent de dire qu’elle est avant tout de la Casamance car elle a mobilisé toutes les populations de la Gambie à la Guinée-Bissau, et donc du Pays Ajamaat.

Ces interrogations nous amènent au second niveau de la problématique du rapatriement de ses restes. Qu’est-ce qui nous prouve en effet qu’il s’agit d’Aline Sitoé Diatta ?

On a vu des mascarades concernant le rapatriement des restes d’un individu.
C’est pourquoi nous préconisons une chose: la création d’une commission culturelle et scientifique constituée de scientifiques, de spécialistes des questions de la mémoire en Afrique, de traditionalistes ajamaat, des Etats du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de la Société civile sénégalaise, du MFDC et des Cadres de la Casamance.

Il faut en effet prouver qu’il s’agit bien d’Aline Sitoé Diatta.
Ensuite, il faut s’intéresser de plus prêt aux cadres de régulations sociales dans la société Ajamaat afin de commémorer Aline Sitoé Diatta selon les règles traditionnelles dans une Casamance où on a tendance à demander la carcasse humaine si elle est de confession musulmane où chrétienne avant d’être enterrée dans sa propre terre natale.
On voit bien où l’imbécillité des religions venues d’ailleurs peut nous conduire parfois….

Ceci aura d’ailleurs pour conséquence de mobiliser la Diaspora casamançaise où qu’elle puisse être elle répondra à l’appel, afin de rendre un dernier hommage à cette grande figure de la résistance coloniale, à celle qui a défendu nos cultures et grâce à qui certains ont pu continuer le combat pour la défense de la civilisation ajamaat.

Nul n’est prophète dans son village natal comme le reprend si bien le livre chrétien…
Conséquemment, il n’y a aucune honte à établir l’analogie, en parlant d’Aline Sitoé Diatta comme étant la Jeanne D’Arc de la Casamance.
Mais la comparaison aussi pédagogique soit-elle, s’arrête certainement là n’en déplaise à ceux qui comme ailleurs on a essayé de démystifier Jeanne D’Arc essaie donc de trouver des moyens pour salir la mémoire de l’héroïne ajamaat.

Nous pensons ici aux approximations fautives de Paul Diédhiou, ce sociologique qui mène une vie douceureuse dans les « amphithéâtres » de l’Université de Ziguinchor.
Car dans sa thèse publiée, on remarque largement qu’il ignore une chose, qu’un héros ce n’est pas uniquement la personne définit sous l’acception mythique dont toute étude pourrait arriver à détruire le mythe.
Non Aline Sitoé Diatta est une femme qui a incarné et qui incarne toujours un certain système de valeurs traditionnelles, un idéal de force d’âme et d’élévation morale en s’opposant à la présence coloniale qui était une entrave à nos institutions ancestrales.
Aline Sitoé Diatta c’est une vérité historique, ni Jean Girard et « son pouvoir charismatique », ni Boubacar Borris Diop dans « ses Tambours de la mémoire » et tant d’autres auteurs…n’ont inventé un mythe Aline Sitoé Diatta par le seul fait de l’avoir comparée à Jeanne D’Arc.

Je demande d’ailleurs aux cadres Casamançais qui se sont lancés ces jours-ci dans la création d’un « Mouvement Debout la Casamance » qui semble reprendre la démarche de SOS Casamance, qu’ils doivent consulter la Diaspora afin qu’on mette de l’argent, nous tous ensemble, pour mener à bien et par nos propres moyens la recherche des restes d’Aline Sitoé Diatta sans l’aide de l’Etat du Sénégal.

Mais il a peur de quoi monsieur Atépa… !!!
Soyez sincère avec vos frères Casamançais et vous verrez que vous serez l’homme le plus fort de la sous-région…
Je m’adresse d’ailleurs à lui et lui dit qu’il serait temps qu’on mette à l’université de Ziguinchor un département d’histoire pour éviter que des sociologues de la trempe d’un certains Paul Diédhiou aillent une énième fois détruire ce qui reste de notre imaginaire social, notre mémoire collective dont nous devons être absolument fiers !

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