Libye : Monsieur Juppé malgré son expérience est le ministre de quoi dans le régime Sarkozy ?

Bordeaux, ville et vieux port esclavagiste. Son Maire actuel est monsieur Alain Juppé dont les ancêtres se sont enrichis dans l’économie négrière, cette invention où l’homme africain était réduit à une simple marchandise. Toute une histoire liée au crime contre l’humanité que constituait la traite atlantique dont la mémoire est un souci permanent pour monsieur le Maire et qui pourrait nous éviter de tomber dans les travers de la colonisation dans ses protubérances actuelles.

Néanmoins, nonobstant ce devoir de mémoire, nous sommes obligés de croire comme le disait Disraeli, qu’aux yeux du colonisateur et dans ses politiques diplomatiques, les colonies ne cessent pas d’être des colonies parce qu’elles sont indépendantes. Ce qui expliquerait le paternalisme décadent avec lequel l’occident cherche toujours à imposer sa vision du monde à l’Afrique en rusant sur les théories d’humanisme et de souveraineté qu’il prétend défendre.

Autrement qu’en est-il réellement du rapport entre passé et présent dans la diplomatie française dans un contexte où nous avons comme ministre des affaires étrangères de la France, le premier officier d’une ville au passé symbolique lié à la colonisation englobant ici un sens esclavagiste ? Le Maire de Bordeaux – ce français de souche comme disent ceux qui veulent afficher de manière extrême et malsaine leur fierté identitaire – peut-il mener une politique diplomatique cautionnant les crimes modernes de l’occident contre la souveraineté des peuples, singulièrement, africains au nom de la démocratie?

En effet, la « démocratie », n’est que le nouveau label commercial pour vendre la « démo-crasserie » aux Africains.
Mais, nous savons que l’histoire de la barbarie humaine évolue avec de nouveaux concepts pour donner l’impression de l’évolution de notre société vers le parfait. En réalité, l’humain reste toujours humain ; l’homme n’est qu’un loup pour son prochain avec comme seule transformation l’amélioration de la technicité des instruments pour manifester sa sauvagerie. Et en cela, la philosophie occidentale qui s’offre comme exemple est restée maître dans la criminalité contre l’humanité. C’est à se demander si nous sommes réellement sortis d’une époque sauvage ou au contraire que les acquis techniques immodestement considérés comme la preuve de notre modernité ne sont que les outils qui matérialisent notre descente au paroxysme de la bestialité ?

Il faut prendre le cas des rapports entre l’Afrique et l’Europe pour mieux comprendre que l’histoire de la supposée modernité n’est qu’un phénomène cyclique. Car, depuis le 15e siècle, l’occident a continuellement entravé la bonne marche des institutions africaines avec des concepts voisins pour mener les mêmes opérations néfastes.

Prenons l’exemple de la traite atlantique, pour la bonne marche de cette activité commerciale qui a grandement enrichi Bordeaux et autres ports négriers occidentaux, il a fallu inventer une philosophie (comme on verra plus loin ce que font les philosophes dans l’agression de l’Afrique) du corps noir sans oublier l’histoire toute faite sur la nature des institutions africaines qui seraient esclavagistes dans leur mode de fonctionnement.

C’était là, l’une des premières formes de propagandes pour justifier la traite atlantique et de l’esclavage tel qu’il fut pratiqué en Amérique. Car en faisant croire que les « Nègres » étaient eux-mêmes esclavagistes, l’intervention de l’homme blanc n’était alors qu’un moindre mal d’autant plus que les négriers n’hésitaient pas à avancer comme persuasion l’idée qu’on apportait aux africains la voie du seigneur pour sauver ce qui restait comme âme, ou plutôt en donner une à ce corps noir qui ne pouvait vraisemblablement pas en détenir.
N’est-ce pas que le christianisme apparaissait déjà comme la démocratie avant l’heure…

La traite comme nous pouvons le constater était une phase clef dans la perversion des institutions africaines en imposant un mode de fonctionnement capable de se fondre dans le système atlantique avec la création de régimes intermédiaires et la multiplication de pseudo-rois africains à qui l’on sécurisa les régimes avec la construction de forts militaro-négriers sur les côtes.

Tout marginal attiré par les institutions atlantico-occidentales pouvait se faire introniser comme chef local en remplacement du souverain qui s’opposerait à ce système inhumain. C’est dire que la question des régimes clients n’est pas une nouvelle trouvaille. Elle est aussi vieille que l’histoire de la découverte de l’Afrique et la destruction des institutions africaines par l’homme blanc qui après la Caravelle, inventa le bateau négrier pour aller plus vite dans l’accomplissement de son crime, l’exode coercitif qui vida et plongea l’Afrique dans plus de 3 siècles de terreur.

Conséquemment, de nos jours et depuis qu’il ne s’agit plus de marchandise humaine, du « Nègre » à christianiser dans l’esclavage, mais d’exploitation des ressources premières qui débuta sous l’ère coloniale, les institutions africaines totalement transfigurées continuent d’exister ailleurs avec leur lot de caricatures.

Ainsi, du « Roi Nègre » vendeur de ses semblables, le « Blanc » étant supérieur à cette « race » à humaniser, on est passé à partir des années 1960 à de notions telles que, dictateur et autres qualificatifs pour déterminer les régimes africains qui manifestaient leur volonté de souveraineté dans le seul but de justifier la présence contraignante de nouveaux régimes clientélistes habillés du label de la démocratie.

Jamais il n’a été question du respect des peuples pour lesquels on suppose apporter le mode de fonctionnement à l’occidental. Evidemment, pour ce faire, il aurait fallu d’abord qu’on nous dît quels types d’institutions nous aurions réellement en Afrique au lieu de se contenter de parler de dictateurs africains dans la seule logique d’imposer les pires démocraties loin d’être une libération des masses.

Sachant, qu’il y a un nuage d’ignorance qui traverse la France malgré les fanfaronnades sur l’excellence de son éducation nationale ; et qu’il est facile de surfer sur les stéréotypes d’une société nuisiblement éduquée et dont les grands acquis en termes de culture générale se résument en une indistincte connaissance des faits médiatisés…
Sachant que la vérité serait désormais au bout d’un appareil récepteur d’images fabriquées pour transmettre un message propagandiste alors que le système éducatif malmène l’enseignement de l’histoire…
Si en plus, comme nous le savons, la védélisation a atteint son paroxysme en France surtout ; c’est avec un certain pessimisme que nous déclarons qu’il est devenu facile pour un petit groupe d’amis de décider la marche du monde en flattant les égos d’un nationalisme imbécile, en cultivant la crétinisation télévisuelle dans le seul but de mener des guerres sans honneur à l’étranger au nom de la Nation.

Bien sûr, cela se faisait jadis en Afrique au nom de la civilisation chrétienne qui autorisait la mise en esclavage aux « Noirs » sans âme. Et aujourd’hui encore au nom de la démocratie, on va à la chasse aux dictateurs en Afrique pour y implanter des régimes démocratiques par les armes.

C’est donc pour dire non à cet art d’entraver la souveraineté des peuples africains que nous avions décidé d’écrire un mail à monsieur Alain Juppé qu’il n’a jamais reçu semblerait-il. Mais, nous avions le jugement favorable qu’il était certainement la personne la plus sage dans ce régime avec lequel il avait décidé de collaborer.

Notre plus grand souhait était de le voir démissionner du poste de ministre des affaires étrangères, car nous ne comprenions pas réellement la politique diplomatique du régime Sarkozy qui au début de son magistère avait inventé une « secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme », en l’occurrence Rama Yade, qui avait été convoquée à l’Elysée pour avoir dit en décembre 2007 que :

« Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort. La seule façon de sortir par le haut de cette affaire, puisque maintenant Kadhafi accepte de rentrer dans le jeu international normal, c’est d’aller jusqu’au bout de cette démarche, en faisant en sorte que les droits de l’homme soient respectés dans son pays. »

Or, on peut supposer que pour sortir « par le haut de cette affaire, puisque maintenant Kadhafi accepte de rentrer dans le jeu international normal », Sarkozy à qui ce message était adressé a décidé « d’aller jusqu’au bout de cette démarche, en faisant en sorte que les droits de l’homme soient respectés dans son pays » (la Libye) par tous les moyens.

Mais, après avoir échoué bien sûr d’accomplir ce qui apparaissait infâme aux yeux de Rama Yade « ce serait indécent en tout cas que cette visite se résume à la signature de contrats » de vente d’un armement militaire à un dictateur supposé qui aurait pu ainsi bénéficier d’un « chèque en blanc » pour fréquenter les nations qui correspondent à la vision occidentale de la démocratie.

Rama Yade qui croyait naïvement que la France de Sarkozy vivait sur les principes humanistes galvaudés par ses élites, avait découvert à ses dépens combien ce régime  est la manifestation d’un système politique moribond. D’ailleurs quel est le bilan en termes de droit d’ingérence humanitaire et d’humanisme du régime Sarkozy durant l’attelage Rama Yade / Bernard Kouchner et après ?

Avec l’arrivée d’Alain Juppé et malgré tout l’espoir qu’il avait apporté, nous savons de quelle belle manière il a essayé d’imposer sa vision de la diplomatie française avec sous ses épaules un super « secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme et d’ingérence humanitaro-militaire » sommes-nous tenter de dire. La guerre étant une chose trop sérieuse pour être laissée à la diplomatie, le président Sarkozy s’est doté d’un philosophe pro-guerre qui réfléchit sur la manière de transformer une rébellion en « révolution sociale dans la marche du printemps Arabe ».

Le concept même de « printemps arabe » est vaseux quand on sait que la Libye est en Afrique et qu’on ne peut faire l’histoire des sociétés méditerranéennes sans prendre en compte les frontières sahéliennes.
Dès lors à comparer l’expérience d’homme d’Etat de monsieur Juppé avec la diplomatie de salon et la philosophie de baroudeur d’un certain Bernard Botul, on ne peut que regretter l’insulte faite au premier, monsieur Juppé. Il était le ministre le plus flatté du régime Sarkozy pour apparaître finalement comme un boy, celui qu’on envoie épisodiquement devant les télévisions françaises défendre une action diplomatique dont il n’a aucune maitrise… On entend de loin le persiflage, si cela peut flatter son ego, se dit le couple Sarkozy/Botul ; le premier cherchant avant tout à épuiser son crédit d’estime aux yeux de l’opinion française.

Au fin mot, c’est triste de constater avec quelle facilité Sarkozy continue d’exploiter la vieillesse du gaullisme incarné par les anciens collaborateurs du président Chirac alors que Juppé s’entête à rester dans ce régime. Et c’est là où les choses paraissent inouïes !

p.s: Vous aurez constaté que nous parlons de la Libye et du rôle d’Alain Juppé dans cette agression en convocation son expérience de Maire de Bordeaux qui travaille beaucoup sur les questions relatives à la mémoire coloniale. A ce propos, le rapport entre passé et présent est très fréquent dans nos commentaires de l’actualité. Aussi, c’est sans hésitation que nous vous invitons à lire cette « TRIBUNE LIBRE  » sur « Haïti et son rôle dans l’histoire de la Libye «  et qui nous semble bienvenue pour nous offrir une autre manière de voir la marche de notre monde.

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