Eléments Français au Sénégal ou le Sénégal sous la suzeraineté de la France

Un fils de la Casamance conscient de son identité culturelle ne peut tolérer le bla bla bla mystificateur du chef de l’Etat du Sénégal, Abdoulaye Wade, un 4 avril 2010, à la veille du cinquantième anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale qui se voulait « différente des autres » :

En effet, après notre indépendance formelle, notre gouvernement de l’époque avait consenti à l’ancienne puissance coloniale des bases militaires, terrestre, aérienne et navale, sur notre territoire. Au fil des années, cette situation a paru de plus en plus incongrue et a été souvent ressentie, par nos populations, singulièrement les jeunes, les cadres et l’Armée, comme une indépendance inachevée […] Je déclare solennellement que le Sénégal reprend, à partir de ce jour, 4 avril 2010, à zéro heure, toutes les bases antérieurement détenues, sur notre sol, par la France et entend y exercer sa souveraineté qui repose de jure sur la présente déclaration. S’agissant des délais de libération de ces bases, je demande au Premier ministre et au chef d’état-major général de l’Armée d’entamer des pourparlers avec la partie française. La spécificité de nos relations historiques, fondées sur l’histoire, la langue et certaines valeurs communes fondamentales, nous conduit à aménager, avec la France, un nouvel espace de coopération. Abdoulaye Wade, Message à la nation, avril 2010.

Pour celui qui nous parle « d’indépendance inachevée » à la Tiken Jah Faux Culs et autre Rasta Poux de l’espèce, cette nouvelle caste de griots, les plus occultes mercenaires flatteurs des masses populaires africaines qui aident et combattent l’Afrique aux côtés de l’impérialisme ; on sait désormais que derrière leurs louanges fausses se cache une tactique d’entrave à la souveraineté africaine à travers des notions telles que « nouvel espace de coopération ».

Cette « nouvelle coopération » au nom de la « souveraineté nouvelle » qu’évoque Abdoulaye Wade s’appelle « Eléments Français au Sénégal» (EFS).

Au pluriel, « Eléments » veut souvent désigner, l’ensemble des conditions qui sont conçues comme autant de forces naturelles auxquelles l’homme est exposé.

En d’autres termes, si l’interprétation nous le permet, l’Afrique déterminée selon la caricature par une atmosphère de crises politiques et singulièrement le Sénégal et les Sénégalais donc sont potentiellement exposés à la barbarie qui caractériserait le continent.

En faisant « partir » dans l’imaginaire des Sénégalais les Forces Françaises du Cap Vert (FFCV nous préférons FFCAV) au nom d’une indépendance achevée, alors que dans les faits, rien ne change réellement au fond – car il existe toujours un traité avec la France tacitement reconduit et dont les clauses portent sur l’implantation des FFCAV au Sénégal -; Abdoulaye Wade use malicieusement du principe de souveraineté pour cacher le fait que les clauses qui justifiaient la présence des FFCAV au Sénégal sont les mêmes qui expliquent la raison d’être des « Éléments Français au Sénégal ». Il y a donc un principe de continuité…

Conséquemment, à beau user de qualificatifs pour nous expliquer que le Sénégal est désormais indépendant grâce à son régime, le président sénégalais ne fait que trahir les faits réels qu’il veut cacher. C’est-à-dire que le Sénégal reste une suzeraineté de la France d’où la présence des FFCAV même si on préfère désormais les habiller du manteau de EFS pour donner l’impression d’une évolution historique et souveraine.

Donc, il n’y a pas réellement de changement entre FFCAV et EFS. C’est un jeu d’effectifs auquel il ne faut pas se laisser prendre. Certes le nombre de soldats est supposé évoluer de manière décroissante et de moitié.

Mais, nous savons qu’une armée modernisée et techniquement supérieure comme l’armée française – qui entre dans ce cas de figure dans le principe d’un cinquième élément naturel dans l’atmosphère sénégalais -, n’a pas besoin d’une pléthore de soldats pour fonctionner.

Ainsi, en cas de crise, comme Wade et famille viennent de nous démontrer qu’ils n’ont aucun respect pour les armées nationales, les EFS seront ainsi appelés à devenir tout naturellement des éléments au-dessus de toute souveraineté affichée sous prétexte de protection de leurs concitoyens et ressortissants étrangers établis au Sénégal.

Le pire, pour insister sur le sens même des « Éléments », ce choix de mot judicieux; c’est que les EFS nous donnent la preuve que la France détient au Sénégal une force armée douée d’un pouvoir analogue à celui des éléments naturels dont les quatre principes sont la terre, l’air, l’eau et le feu. Allez voir de près quels sont les différents corps d’armées français établis au Sénégal et vous comprendrez que es EFS sont bien le 5e élément.

Faut-il s’en féliciter au nom de la « souveraineté totale » selon Wade, quand on vient de manière objective et corrélative nous dire quel est l’utilité d’une telle force dans un pays qui se dit souverain ?

En outre, nous saisissons l’occasion pour préciser que « souveraineté » n’est pas synonyme de « suzeraineté » et l’histoire coloniale du Sénégal nous fournit un bel exemple. Quand une armée étrangère stationne dans une ancienne colonie qui se dit indépendante, c’est parce que cette dernière n’est pas réellement souveraine, mais qu’elle est plutôt tenue par une clause de suzeraineté.

La suzeraineté est un héritage colonial français dans le cas particulier de l’Afrique de l’ouest, qui s’est toujours manifestée par une forme de domination militaire exercée sur un territoire donné en échange, le plus souvent, d’une certaine protection et dans l’espoir de voir se manifester un jour l’État français à travers une administration civilo-militaire. Et pour preuve, de la Côte d’Ivoire au Sénégal, les Ambassades et autres conseillers ne sont que des institutions aux prérogatives exécutives dans les régimes locaux. Nos présidents à défaut d’être des mercenaires en cravates, sont des préfets de la France…

Retournons vers l’histoire de la colonisation française pour donner un exemple sur la suzeraineté. En effet, dans la tactique coloniale telle qu’elle fut déroulée au Sénégal et en Casamance – faute d’avoir une main d’œuvre militaire locale suffisante pour assujettir les territoires du Pays Ajamaat (entre la Gambie et la Guinée-Bissau) – le pouvoir colonial utilisa des marabouts guerriers allogènes pour animer des guerres inter-africaines.

Il arma par exemple Fodé Kaba contre le Fogni, utilisa les Molo Baldé et autres Sounkarou Camara contre les peuples dans la région sub-guinéenne, pour ensuite venir proposer des droits de suzeraineté aux différents belligérants avec la perspective que la souveraineté de l’Etat français se substitue plus tard à la suzeraineté en Casamance.
Il faut le souligner; c’est là où réside la particularité juridique de l’histoire de la Casamance par rapport à l’histoire de la colonie du Sénégal n’en déplaise aux nationalistes adeptes des concepts vaseux d’un Sénégal un et indivisible.

En n’obtenant que des traités de suzerainetés en Casamance, la France coloniale conférait à ce territoire un destin colonial inachevé où allait être implanté une milice militaire en 1891 qui devait aider à la pénétration hégémonique dans le Pays Ajamaat.

Comme on peut le voir à travers cet exemple, depuis la colonisation dans sa connotation esclavagiste, la présence militaire accompagnant le mercantilisme impérialiste avait prétendument résolu le problème de l’unification nationale en faisant du Sénégal un bloc commun fêlé par la Gambie. Merci, à la colonisation positive qui suppose l’unité du Sénégal allant du Waalo ancien à la Casamance, chiche !

Ainsi, la force militaire coloniale a brutalement mais honorablement contribué selon certains – Abdou Diouf y compris – à la définition d’une catégorie politico-sociale moderne du Sénégaulois.

Après des siècles de déprédations, de carnage à travers une domination militaire impitoyable adéquat dans cette partie du monde à humaniser, l’Afrique; il n’est pas étonnant qu’au départ d’une FFCAV en 2011, arrive les « éléments français au Sénégal » pour garantir la démocratie aux Sénégalais après les avoir humanisés (je vous renvoie au discours de Dakar).

Aussi longtempgs que nos élites joueront le jeu de l’impérialisme en essayant de satisfaire aussi longtemps que le permettent ses buts et ses méthodes, l’Afrique sera condamnée à vivre dans la périphérie que professaient nos aînés. L’Afrique ne produira que des régimes clients qui seront poussés à se vautrer dans l’équivoque et la sanie où sombrent les régimes clients ( Côte d’Ivoire, Burkina  Faso, Sénégal, Tchad, Guinée Conakry…), régimes irrévocablement condamnés à la péremption.

Ainsi, Wade malgré son pompeux « destin pour l’Afrique », « son indépendance totale », lui et la panoplie d’intellectuels africains qui réfléchissent sous perfusion, seront condamnés à verser dans la surenchère démagogique pour nous expliquer la grandeur de la démocratie sans égard pour la souveraineté des peuples africains.

Fier d’être Casamançais, un de ces pays garants de la dignité humaine et de la souveraineté des peuples et où on cherche à faire la paix sans respect des cultures locales. Et pour la petite digression…

D’ailleurs prochainement, nous aimerions réfléchir sur la question des « Commissions pour le dialogue, la vérité et la réconciliation » en Afrique et en Côte d’Ivoire surtout. En effet, nous avons l’impression que le protestantisme de Desmond Tutu est devenu l’exemple de réconciliation par excellence en Afrique.

Mais où va-t-on, quand on foule aux pieds les civilisations africaines pour leur plaquer la façon de faire occidentale ?

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2 commentaires pour Eléments Français au Sénégal ou le Sénégal sous la suzeraineté de la France

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