Quand Wade trahit sa pensée diabolique : Des mercenaires au Sénégal pour « un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire »

Un ancien premier ministre sénégalais accusait le même régime qu’il avait servi de « recruter des mercenaires aux mains tâchées de sang venus de Côte d’Ivoire », mais aussi « de Guinée et du Nigeria » dans le but de commettre des actes antidémocratiques au Sénégal.

Étonnamment, le régime client de Côte d’Ivoire dirigé par l’un des chefs de l’aile politique de la rébellion ivoirienne s’est empressé de faire rejeter par un membre de son gouvernement les accusations tenues au Sénégal. On apprend alors que le nouveau pouvoir ivoirien ne se mêle pas « de la politique intérieure des autres États, encore moins de celle du Sénégal, qui est un pays ami. »

Le gouvernement Ouattara/Soro ajoute en plus, qu’il sait « le prix que ça coûte d`avoir des mercenaires sur son territoire ». Et comme les ivoiriens forts de cette expérience (simple déduction) ne pourraient jamais mener des actions de mercenariat ou mieux ils ne seront jamais intéressés par cette forme de terrorisme à l’international – ce qui expliquerait certainement pourquoi le régime démocratiquement élu de Gbagbo (accusé ici) allait recruter des « mercenaires libériens qui se sont rendus coupables de nombreuses exactions » -, le régime Ouattara était donc convaincu que « s`il y avait le moindre indice » allant dans le sens des accusations de l`opposant sénégalais, « la réaction du gouvernement serait très ferme ».

Une question avant d’aller plus loin: « Réaction très ferme » pour sanctionner qui ?
Des populations ivoiriennes qui aurait subitement et volontairement décidé de mener des actions rémunératrices dans des Pays étrangers?
Si tel est la cas, qu’attend Alassane Ouattara pour réagir fermement contre Guillaume Soro et les généraux FRCI ivoiriens qui étaient allés se réfugier au Burkina Faso chez Blaise Compaoré où ils ont organisé une tentative de Coup d’État qui a échoué mais qui a été transformée en une rébellion de plus de dix ans contre Gbagbo ?

La contradiction est bien là.
En quoi les propos déclarant qu’il y a au Sénégal « des mercenaires aux mains tâchées de sang venus de Côte d’Ivoire » devraient-ils inquiéter le régime d’Alassane Ouattara qui se sent comme accuser d’avoir envoyé ses « ivoiriens » faire du mercenariat au Sénégal à défaut de les engager dans son armée pléthorique de soudards sans formation militaire digne de ce nom?

Il est assez simple de conclure que tout régime politique s’accuse quand il transforme en affaire d’État des propos politiques, soient-elles des accusations; tenus par un homme de l’opposition politique contre un régime étatique dans un pays étranger.

En outres, malgré les démentis, nous avions souligné ici et nous tenons à le corroborer désormais: le Sénégal n’échappera pas à la tentation d’attirer de combattants des pays frontaliers à la veille des élections présidentielles. Et surtout en profitant de la situation en Casamance, une région où existe déjà une révolution culturelle des plus anciennes et des plus historiquement nobles dans le monde désormais animé par le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance qui revendique la souveraineté du Pays Ajamaat.

C’est dire que ce qu’annonce l’ancien premier ministre n’a rien d’une invention où d’une volonté de faire peur. Il faut regarder la réalité en face et disons-nous que plus de « quatre cent (mercenaires) sont entrés sur le territoire » sénégalais en passant par la frontière qui le sépare des deux Guinées. Ils ne seront pas uniquement au service d’Abdoulaye Wade contre son opposition et le Sénégal. Mais un mercenariat contre la stabilité en Gambie comme en Guinée Bissau et au service d’individualités aux intérêts particuliers.

A beau nier au niveau étatique ce qui apparaît comme une dangereuse accusation, force est de reconnaître que certains propos d’Abdoulaye Wade participent plutôt à confirmer le fait que la menace du langage des armes est constamment présente. Et derrière l’idée que ce sont les autres qui vont plonger le chaos au Sénégal:

Non, car mon départ créerait au Sénégal un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire. Qui pourrait me remplacer « maintenant » ? Personne de crédible. Laurent Larcher la-croix.com, 21/7/11

…on ne peut constater qu’Abdoulaye Wade trahit sa pensée tout en sanctionnant négativement son passage à la tête du Sénégal.

D’abord ne sont comparables ici que l’après Houphouët et l’après Senghor. Nous avions d’ailleurs promis de revenir sur cette comparaison… Là où Senghor a réussi à transmettre le pouvoir à son ancien premier ministre, Abdou Diouf dont la « sénégalité » était avérée. Houphouët Boigny qui était d’abord un syndicaliste qui recrutait dans les années 1950 et sans scrupule des gens de la Haute Volta, du Ghana, pour les faire travailler en Côte d’Ivoire, n’avait pas hésité à recruter un ancien premier ministre d’origine voltaïque (il se ventait d’avoir des Sénégalais entre autres) pour venir finir son mandat.

Bien évidemment, Houphouët Boigny a géré la Côte d’Ivoire comme une entreprise familiale avec un parti unique (PDCI-RDA) qui recrutait qui il voulait promouvoir; là où Senghor avait dès les années 1970 initié le multipartisme à trois courants que sont les socialistes, les libéraux (Wade) et les communistes. Il avait ainsi permis à son successeur Abdou Diouf d’aller plus loin dans la construction de la démocratie sénégalaise.

Mais en Côte d’Ivoire, c’est grâce à l’opposition (Laurent Gbagbo) qu’on est allé vers un multipartisme dans les années 1990. Ironie du sort, Ouattara qui avait tant voulu devenir président après Houphouët Boigny et qui était allé même jusqu’à enfermer l’opposant Laurent Gbagbo dans sa lutte pour la démocratie est aujourd’hui dans une logique du parti unique où il a fait ses armes politiques.

Que Wade ose dire qu’il n’y a personne pour le remplacer -mot assez curieux dans un tel contexte-, c’est avouer effrontément qu’au Sénégal les conditions ne sont pas réunies pour réussir ce que Senghor et Abdou Diouf ont réussi. Quel recul quand il va jusqu’à laisser croire qu’après lui le déluge…

En effet, Wade est à l’image de ces grands sportifs qui quand ils partent à la retraite sportive ont leur numéro de maillot muséifié. Certes, l’image est assez flatteuse en parlant de « grand sportif » pour un homme qui « parle comme un démocrate et agit comme un despote ».

En d’autres termes et en toute lucidité, après lui, il serait plus sage de nourrir l’idée que le Sénégal risquerait de se transformer en vestige muséal non pas parce qu’il n’existait personne de crédible pour le « remplacer maintenant »; mais parce qu’il n’arrivait pas à concevoir l’existence des personnes qui pourraient empêcher son fils de devenir président du Sénégal.

C’est tout un bla bla mystificateur quand il réfute l’idée d’une dévolution monarchique:

C’était stupide et insultant de penser que je voulais le proposer comme candidat à la vice-présidence. Mais personne ne peut l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle après ma mort. La perspective qu’il devienne un jour président du Sénégal ne me déplaît pas. Mon fils a de grandes capacités. Personne dans l’opposition n’a la compétence économique et financière de Karim. Laurent Larcher la-croix.com, 21/7/11

Nonobstant la capacité qu’il a de voir le mal dans ce schéma, Wade refuse d’y porter remède. Il sait bien que cette situation d’entêtement risque de se terminer par une catastrophe. Non pas parce qu’il y aurait une absence de démocratie au Sénégal, mais parce qu’il croit en une autre possibilité d’accéder au pouvoir par la supériorité technique militaire qui n’est plus aux mains des forces armées ouest africaines très promptes à abandonner les armées nationales pour incorporer les milices paramilitaires. Nous l’avons déjà vu en Côte d’Ivoire, nous le voyons au Burkina Faso, et tout récemment en Guinée Conakry…

Le Sénégal dans le chemin de l’après Wade doit faire face à cette réalité. Ce dernier ayant lui-même au temps de l’opposition, recruté et entretenu de fidèles affidés , les  » calots bleus » qui ont infiltré les forces de l’ordre sénégalaises, mais toujours resté au service du chef du parti:  » EN WADE ILS SONT RECONNAISSANT A VIE ».

Cas de figure hypothétiquement valable, Wade aidé par des mercenaires Ivoiriens de chez Ouattara, les Nigerians du pays de Goodluck Jonathan, les Guinéens d’Alpha Condé, peut réussir son coup quittes à plonger le Sénégal dans « un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire » où pendant plus de 10 ans pratiquement, les mercenaires et chefs de guerre ont squatté 60% du territoire où ils ont organisé des élections frauduleuses avec l’aide de l’innommable communauté internationale en faveur de leurs candidats Alassane Ouattara et contester tous les recours d’annulation introduit par Gbagbo.

Ainsi, après avoir été lauréat du Prix Félix HouphouëtBoigny pour la recherche de la paix en 2005, Abdoulaye Wade ne lésinerait certainement pas sur les moyens pour gagner le Prix Ado pour l’entrave aux institutions africaines !

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