La « Licorne »: Le crime contre la souveraineté ivoirienne par le mythe

Monoceros en Grèce, Unicornis à Rome, dans les récits antiques des Chinois comme des Arabes, les légendes de Licornes couraient. Mais à partir du 17e siècle, la Licorne était devenue une fable dans les rapports entre l’Occident et l’Afrique.

Le mythe de la Licorne en Occident dans son regard tourné vers l’Afrique est étroitement lié au mythe du Prêtre-Jean, souverain légendaire d’un royaume chrétien dans la littérature apocalyptique du Moyen Age dont la quête a conduit à la mise en place de la traite négrière.

Que le Président N. Sarkozy puisse soutenir sa politique en Côte d’Ivoire en rappelant ses collaborateurs que:

« Il ne faut pas oublier que Gbagbo est catholique et que Ouattara est musulman. Le fait de soutenir le second est un signe d’ouverture de notre part. »

Cela reste une ouverture bien contradictoire à la fois par rapport au nom symbolique que porte la mission des forces françaises en Côte d’Ivoire « licorne » et à l’histoire de la Côte d’Ivoire qui apparaît plus comme un département de la France où il serait question de faire de l’ouverture en implantant un autre préfet musulman.

Si les Ivoiriens sont catholiques et traditionalistes dans leur majorité, pourquoi leur imposer un président musulman ? Et pourquoi associer le symbole de la Licorne à la volonté d’implanter un préfet musulman en Côte d’Ivoire, alors qu’en Afrique la « mission licorne » a toujours été associée à l’assise du christianisme ?

En l’an 1145 quand l’évêque Hugues informait les Viterbois (Viterbe où la Licorne figurait dans les armes de la ville) l’existence d’une Licorne dans le Pays du Prêtre-Jean; la littérature relative au prêtre Jean et sa fameuse « Lettre du Prêtre-Jean » (apocryphe) allaient permettre au Moyen Age chrétien de croire que le salut de l’univers dépendait de l’union de l’empereur de Byzance avec ce Prêtre-Jean tout en admettant l’idée que son pays était le pays de l’animal mythique.

Le royaume fabuleux du Prêtre-Jean, l’occident latin l’avait situé en Asie, avant que le Père dominicain Jourdain de Séverac qui avait fait le voyage de l’Inde à la première moitié du 14e siècle, ne décida qu’il était en Afrique. Encore fallait-il le prouver. Et c’est ce qui allait arriver du moins selon les témoignages du 17e siècle. L’escadre du Comte d’Estrées (que les Sénégalais connaissent bien) soutenait que  » la Licorne est un animal d’Afrique, où il est seulement connu ».

Bien des attributs et des propriétés étaient affectés à la Licorne que ce soit chez les anciens Babyloniens ou chez les Français (du 17e, 18e siècles.) Voltaire et Sa Princesse de Babylone voyaient là « le plus bel animal, le plus fier, le plus terrible et le plus doux« .

Ces différentes forces de caractères justifient-elles l’utilisation de la « licorne » pour dénommer la mission des forces armées françaises en Côte d’Ivoire?

Vraisemblablement pas, car la Licorne telle qu’elle apparût en Afrique selon les récits occidentaux, comme le rapportait le Père Jérôme Lobo,

(La Licorne) est si peureuse qu’elle ne va jamais qu’en compagnie de plusieurs animaux capables de la défendre. Les cerfs, les chevreuils, les gazelles se rangent (avec elle) autour de l’éléphant qui, se contentant de feuilles et de racines, défend tous ces timides animaux contre les bpêtes féroces et carnassières qui les voudraient dévorer.

La Licorne qui, selon le moine Eginhart, « tue parfois les lions« ; la Licorne que seules les « pucelles » pouvaient capturer selon les légendes occidentales, apparaît en Afrique comme un animal peureux défendu par l’éléphant symbole de la Côte d’Ivoire.

La relation de dépendance est assez intéressante. Là où l’éléphant se contente de feuilles et de racines, la Licorne elle, se permet certainement de ripailler. C’est à se demander qu’est-ce que la « licorne » mission armée française fait en Côte d’Ivoire… Alors que le peuple ivoirien souffre, réduit certainement à se nourrir de racines et de feuilles, la Licorne et son protégé Alassane Ouattara font bonne chère.

Les relations entre la Licorne et l’Éléphant sont aussi renseignées par la Bible. La « Licorne » dans les écritures religieuses, est cet animal sans compagne/compagnon, même si Léonard de Vinci nous apprend « (Elle oublie totalement, du fait de sa démesure, de son caractère indomptable et de) sa prédilection pour les jeunes filles« ; qui avait un dépit envieux contre l’Éléphant.

Il semblerait qu’aux portes de l’Arche de Noé, le patriarche lui aurait refusé l’entrée et en voyant que ses suivants qui n’étaient autres qu’un couple d’éléphants accéder dans le bateau, elle en souffrit de jalousie. Et voilà comment naquît donc l’animosité (belle hyperbole) entre la Licorne et l’Éléphant bibliques.

Tiens alors, et pour l’image, la « licorne« , mission des forces armées françaises en Côte d’Ivoire, symboliserait-elle cet homme à qui on aurait défendu d’entrer dans l’Arche de Côte d’Ivoire (?) Ce qui expliquerait le fait que depuis 1999, le « pays éléphant africain » ne cesse de subir des entraves contre ses institutions souveraines.

Et c’est ainsi que pour une fois dans l’histoire, aux dépens des mythes immémoriaux, le 11 avril 2011, la « licorne » réussissait enfin son coup en chassant l’Éléphant pour instituer un régime client dictatorial dans l’Arche…

Et le déluge frappa les ivoiriens et la licorne pénètre dans l’antre de l’Arche…!?

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