« Le désastre de Bolol » ou l’inquiétante vérité de l’histoire Ajamaat !

De nos jours, l’expression « Diola » servirait à déterminer des populations minoritaires qui habiteraient en Gambie, en Guinée-Bissau et au Sénégal. « Diola » n’a de sens qu’en Gambie et au Sénégal pour des populations qui se disent « ajamaat« .

Le seul ethnonyme qui permet d’établir l’existence d’une unité culturelle qui dépasse largement cette fausse notion de « Diola » et qui s’étend du Cap Sainte-Marie aux Îles d’Orango: Le Pays Ajamaat.

Ici, les populations Ajamaat ont mené une résistance acharnée contre l’islamisation et la logique colonialiste.

L’islamisation a surtout participé à la massification des ethnies Mandingues et Peuls qui sont adventices dans la région. C’est ainsi qu’on parle de mandinguisation ou fulanisation ; car plusieurs populations de l’hinterland guinéen qui se sont réfugiées dans les rivières finissaient par s’identifier comme Mandingue ou Peul une fois qu’elles adoptaient la religion musulmane.

Et quant à la colonisation européenne et portugaise plus particulièrement dans son rapport avec le Pays Ajamaat, nous allons nous intéresser au fameux « o desastre de Bolol ».

C’est en 1888 que les Portugais vont échanger Ziguinchor contre le Rio Cacine où s’était manifestée la colonisation française dans l’occupation de l’espace qui allait devenir la Guinée française.

En abandonnant le Rio Cacine pour aller s’établir sur la rive sud de la Rivière Cassset où allait se situer désormais la frontière entre les deux Guinées (Bissau et Conakry), les colonisateurs n’ont fait que saboter l’unité culturelle locale en venant s’établir ensuite sur la Casamance qui était comprise dans la Guinée Portugaise.

En plus, ironie du sort, les Portugais n’ont acheté qu’un terrain à « Biit Gumen » en 1836 et non à Ziguinchor « éboeboe » où ils ont été tolérés jusque là.

Et les Français qui se moquaient d’eux du fait qu’ils n’avaient aucune domination dans le Pays Ajamaat qu’ils avaient façonné en Guinée-Portugaise, allaient ainsi occuper Ziguinchor alors qu’aucun traité n’existait signifiant que le lieu avait été cédé aux Portugais, partant aux Français.

Juridiquement, il y a matière à contester la colonisation française en Casamance et surtout à se demander ce qui unit Ziguinchor et l’administration de la Colonie Française du Sénégal. Mais passons…

En 1879, les Portugais avaient subi la première grande défaite militaire dans le Pays Ajamaat et certainement dans les Colonies Portugaises d’Afrique.

En effet, à partir de 1816, les Européens pour faire face à leur nouvelle politique d’abolition de la traite négrière voulaient s’établir sur les différentes embouchures des fleuves du Pays Ajamaat (Gambie, Casamance, Rio Cacheu, Rio Geba).
C’est ainsi que les Anglais avaient obtenu après achat, l’autorisation de s’établir dans le Fogni Combo sur l’île de Banjul pour y créer un village de liberté et empêcher la traite négrière.

Les Français vont s’intéresser à Brin, Youtou en 1828 (contesté par la suite), ils auront un traité pour Carabane d’abord en 1836(échec encore), mais c’est finalement à Sédhiou où ils avaient chassé (eh oui) les autochtones Fogni pour y implanter des populations Mandingues où ils allaient obtenir un terrain (24 mars 1837).

Dans la même veine, qui était celle de marquer sa présence dans le Pays Ajamaat, les Portugais malmenés sur la rivière Casamance voulaient s’établir solidement sur le Rio Cacheu-San Domingo afin de mieux administrer leur colonie allant de la rivière Casamance au Rio Geba. C’est ainsi qu’ils allaient choisir Bolol sur l’embouchure du Rio Cacheu pour y construire un fort.

Or, de tout temps, les Ajamaat avaient toujours refusé la présence des Européens, ce n’était donc pas sous prétexte d’abolir l’esclavage qu’ils allaient accepter la présence portugaise chez eux – alors qu’ils n’avaient rien à voir avec ce commerce inhumain (quoi qu’en disent nos historiens dilettantes). Ce qui fut réussi en Gambie par les Anglais ne fut pas réitéré en Casamance ni dans le Cacheu.

C’est ainsi que les populations Ajamaat-Floups lancèrent une offensive contre la forteresse portugaise et chassèrent les occupants.
Piqué au vif, le Gouverneur de Guinée qui était alors basé sur les îles du Cap-vert lançait une expédition punitive contre les Ajamaat-Floups à Djunfunco.

Malgré la supériorité technique militaire sur laquelle il comptait, aucun soldat portugais ne revint à la caserne. Tous les soldats qui participèrent à cette attaque contre les Ajamaat furent décimés. D’où l’appellation « Desastre de Bolol ».

Cette première défaite sous l’ère coloniale dans l’ancienne Guinée portugaise n’allait pas encourager les Portugais à rester dans le Pays Ajamaat qu’ils avaient toujours caricaturé comme « Pays de sauvages », de « Soninkés » (Attention: soninkés veut dire animiste ici et vient de sonyen faire des libations).

Ainsi, pour mieux administrer la Guinée, les Portugais furent obligés de séparer la Guinée du Cap-Vert avec un gouverneur basé à Bolama très loin du centre du Pays Ajamaat. Ils ne rechignèrent pas plus longtemps à l’idée de céder le Rio Casamança aux Français tout en récupérant le Rio Cacine où il y avait moins de problèmes.

De la Rivière Gambie au Rio Geba, les Ajamaat étaient les populations majoritaires et celles qui opposèrent une résistance sans complaisance contre la présence coloniale européenne.

Mais, a partir de 1888 et 1889, les puissances coloniales auront raison du Pays Ajamaat en divisant la région en trois parties entre Anglais (sur la Gambie), Français (sur la Casamance) et Portugais (sur le Rio Geba).

Ils utilisèrent des mercenaires comme Fodé Kaba, Molo père et fils, Sunkara Camara, Birahim Ndiaye… la liste est longue pour occuper l’hinterland et mener un banditisme sans contrôle dans le Pays Ajamaat. La politique du diviser pour mieux régner fut ainsi appliquée dans le Pays Ajamaat où on imposait des chefs allogènes.

Il faut être honnête, historiquement, ces personnages ne sont pas des résistants dans l’histoire de la Casamance et les preuves matérielles existent. Comment comprendre qu’on puisse dire que Fodé Kaba est un héros alors que l’histoire de figures comme Ahoune Sané est absente ?

Qui connaît l’histoire du « désastre de Bolol » quand on se permet d’écrire que les « Diolas » sont des Sénégalais alors que les populations locales se reconnaissent avant tout comme des gens du Pays Ajamaat (Fogni, Essil, Kassa, Aramé, Baiote… et selon les villages)?

Ajoutons qu’à chaque fois que le pouvoir colonial se retournait contre ses anciens alliés (Kaba, Molo, Kamara, Ndiaye…) il en profitait pour libérer (tout à sa gloire d’abolitionniste) des populations Ajamaat « fameux Diola » mis en captivité par nos supposés héros nationaux.

Il n’est pas question de construire l’histoire de l’Afrique en se contentant de comprendre un certain nombre d’erreurs historiques. Il faut désormais s’intéresser à la vérité et ne pas tomber dans le piège de ceux qui, imbus de leurs anciens avantages adventices, tenteraient d’araser l’histoire des autres au nom de concepts vaseux comme la mondialisation, l’unité africaine et on ne sait quoi encore !

C’est un jeu de dupes pour entraver la souveraineté des peuples dont l’histoire est volontairement mise en sourdine. Dès lors, les populations Ajamaat doivent rester toujours fières de leurs identités et défendre leur souveraineté et voir comment participer après, à la construction de « l’unité universelle » ou régionale…

Oukatoral

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