Soutien aux putschistes en Afrique : Wade le parrain

Le président africain qui a soutenu le Coup d’État le plus long en Afrique, du 19 septembre 2002 au 11 avril 20011, j’ai nommé Abdoulaye Wade qui a reçu à Dakar le camp Guillaume Soro/Alassane Ouattara, est l’auteur de ces lignes:

Si l’on devait porter une appréciation sur les trente premières années de l’indépendance, on pourrait affirmer que l’Afrique a passé près des deux tiers de son temps à des querelles autour du pouvoir. En l’absence d’un consensus sur les règles d’accès au pouvoir, la force a été érigée en règle. Ainsi avons-nous consacré énormément d’efforts, de ressources et de temps pour la conquête du pouvoir, au lieu d’adopter des règles de jeu démocratiques et d’orienter toutes ces ressources vers le développement.

Quelle hypocrisie !
Et comme si cela ne suffisait pas, nous l’avons vu à Benghazzi. Une activité de turpitude diplomatique qui fait de Laye Wade l’exemple fini du – Mercenaires en cravate – ce qui pousse ses compatriotes sénégalais à le considérer comme étant le parrain des « putschistes en Afrique ».

Le Sénégal est le seul État africain qui négocie et encadre des coups d’Etat et des transitions militaires. Cela, du moins depuis une décennie.

Depuis l’arrivée de l’opposant Ab­dou­laye Wade au pouvoir, les putschistes défilent à Dakar comme des princes. Comprendre la passion du Prési­dent Wade pour les putschistes ne relève pas d’une alchimie politico-intellectuelle. D’aucuns pensent que le chef de l’Etat sénégalais étale à travers ses actes aux antipodes de toute orthodoxie diplomatique, son style et son esprit rebelles. Une con­viction fondée sur la mauvaise gestion des relations que le Sénégal entretient avec son voisinage depuis 2000, et qui se caractérise par des prises de position officielle du gouvernement en faveur des animateurs de coups d’Etat et autres rebelles.

Et quand des coups d’Etat en Afrique éclatent, Wade piétine toutes les convenances diplomatiques qui font le ciment des relations internationales pour dérouler le tapis rouge aux putschistes.

Sinon, comment expliquer l’accueil réservé à Dakar au Comité na­tio­nal de transition (Cnt) libyen, et ensuite la visite du Président Abdou­la­ye Wade à Benghazi, fief de la rébellion libyenne ?

Certes, ces actes du Président Wade entrent dans une campagne de séduction d’un nouveau «Tirailleur» à la recherche d’une médaille tricolore et d’une sympathie américaine. Quid à se déshabiller de son manteau de panafricaniste ?

Sans doute, si Nicolas Sarko­zy a misé sur le cheval Wade pour attenter aux résolutions de l’Union africaine, c’est qu’il est instruit que le Président sénégalais s’est présenté depuis une décennie comme le seul chef d’Etat africain prêt à troquer ses principes républicains pour son prestige personnel. Que ce dernier est l’apôtre des coups d’éclat diplomatiques. Encore une fois, la passion de parrainer des putschs a poussé le Président Wade à exiger le départ de son ancien «complice» Kadhafi sur son propre territoire libyen. Comme une déclaration de guerre.

Mais on saurait se suffire à cette vision réductrice du style diplomatique de Wade, s’il avait soutenu une rébellion pour la première fois. N’est-ce pas, en 2002, le président de la République était le seul chef d’Etat ouest africain à soutenir la rébellion en Côte d’Ivoire ?

Ceci, en recevant Guillaume Soro et une dé­lé­gation des Forces nouvelles. Il s’est même permis à l’époque de les habiller chez un célèbre vendeur de vêtements ayant pignon sur rue à Dakar. Et comme pour donner des ailes au chef de la rébellion, Guillau­me Soro, en direction du Sommet sur la crise ivoirienne à Marcoussis, Wade lui avait offert un passeport diplomatique sénégalais. Notre pays parraine des putschistes. Et ces derniers de considérer Wade comme leur père protecteur et avocat de­vant les instances de l’Union africaine et de la Cedeao. Les froides relations qu’il entretenait avec le désormais ex-Président ivoirien Laurent Gbagbo découlent de ce soutien di­plomatiquement iconoclaste. Pour le leader du Front populaire ivoirien, rien ne valait une rupture des relations diplomatiques historiques en­tre Dakar et Abidjan. Jusqu’à ce que, entre les deux tours de la Prési­den­tielle, le «conspirateur» Wade décide de recevoir, loin des projecteurs in­discrets, l’opposant Alassane Dra­mane Ouattara.

LE «PAPA DE DADDIS» N’EST PAS UN ALLIE SÛR
Wade, le chef suprême des Ar­mées sénégalaises semble avoir une fascination pour les auteurs de coups d’Etat ; même si un coup d’E­tat est effectué pour succéder à un pair. En effet, assuré d’être reçu au banquet de Wade, le putschiste du Togo, Faure Ngassimbé Eyade­ma, n’a­vait pas hésité à saisir le Prési­dent sénégalais par téléphone pour l’informer de sa prise du pouvoir au lendemain de la mort de son père au pouvoir, en 2005. Le conseil du chef d’Etat sénégalais au jeune Président togolais à l’époque avait choqué plus d’un démocrate. «Vous avez l’Armée avec vous ; donc, vous avez le pouvoir», lui avait-il recommandé.

Mais le cas le plus pathétique du soutien du Sénégal à un putschiste, c’était celui en faveur de la junte militaire en Guinée-Conakry, après la mort du Président Lansana Conté. L’on se souvient encore des éloges inconvenants de Moussa Daddis Camara en direction de son «papa» Wade. Celui-là qui s’est permis de financer le chef de la junte militaire, mis à sa disposition un avion pour un périple de prises de contacts dans des pays de la sous-région.

Et qui plus est, le Président Wade l’a défendu contre des sanctions de la Cedeao et de l’Union africaine. Lui qui, lors de la fête du 4 avril de 2009, avait invité tous les nouveaux putschistes à la commémoration de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale.

Le putschiste guinéen jouira de toute la téranga (l’hospitalité) qu’exige une visite officielle d’un chef d’Etat. Et pourtant, comme pour lui démontrer son ta­lent de dictateur, le leader du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd), Daddis Ca­mara autorisa des pogroms dans le stade du 28 septembre 2009. Un vrai carnage !

Il faut dire que Daddis Camara a été encouragé par l’Armée mauritanienne. En effet, la surprise des démocrates a été de voir le Sénégal se réjouir du coup d’Etat perpétré en août 2008 contre le premier Prési­dent démocratiquement élu de la Mauritanie, Sidi Ould Cheikh Abdal­la­hi. Finalement, à vouloir rattraper son leadership perdu sur le continent africain, Wade parraine l’instabilité au niveau des Etats et cautionne la rébellion.

Au bout du compte, les chefs d’Etat africains comme Yahya Jam­meh, Amadou Toumani Touré et Blai­se Compaoré coopèrent avec le Sénégal tout en gardant un œil attentif, car leur interlocuteur sénégalais n’hésitera pas à contribuer à leur chute, dès que l’occasion se présente. Heureusement que Banjul con­naît là où il peut faire mal à Da­kar. Il lui suffit juste d’activer la rébellion qui sévit au sud du Sénégal. Gbagbo avait fait sienne la même stratégie.

D’ailleurs, l’on se souvient des hoquets rageurs du Président Wade lorsque son homologue ivoirien d’alors avait reçu Salif Sadio en audience. Pour dire que le parrain des putschistes est aussi vulnérable que ses pairs.

Au fond, Wade émet sur la même longueur d’onde que Mouammar Kadhafi. On a toujours reproché au Guide libyen d’entretenir la rébellion tchadienne, le soulèvement Touareg au mali ; bref de parrainer l’insécurité dans les pays voisins de la Jamahiriya libyenne. Quant à Wade, il ne donne pas des armes, mais il accorde des droits de protection à des putschistes.

Paradoxalement, il est obnubilé par le prix Nobel de la paix. C’est cela aussi, ce «spécial» Président Wade.
Birame Faye (LeQuotidien.sn de la semaine du 13 au 19 juin 2011)

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