Discours de Wade à Benghazi : Sans états d’âme ni scrupule

Les frères Africains ont tendance à dire que quand on rencontre un serpent et un Sénégalais dans la brousse, il ne faudrait pas hésiter à se débarrasser du Sénégalais en premier.

Tout semble aujourd’hui, pour qui regarde l’actualité africaine, confirmer un tel sentiment qui symbolise le Sénégalais comme un être « pire qu’un serpent ». Mais nous avons ici trois textes (il y aura une suite) tirés dans la presse sénégalaise pour illustrer qu’il y a des exceptions comme la règle le veut.

Si dans la catégorisation des humains il m’est permis de ranger le chef de l’Etat dans la classe des sous-hommes, ce n’est pas par incorrection car mon éducation le récuse. Seulement, par l’indignation et le dépit de voir notre pays, par la voix du président de la République subir cette déliquescence, j’ose. Même si Kadhafi est au bout du rouleau, ce qui s’est passé à Benghazi sort de l’ordinaire ; et écouter Me Wade dans sa diatribe faite de frivoles calomnies contre le Guide libyen m’est resté en travers de la gorge.

Ce discours est lamentable pour deux raisons évidentes. Lamentable par le fait qu’il constitue l’ace 1 d’un deal, pour ne pas dire de la pièce de théâtre «écrite» par quelqu’un que tous les réfléchissants considèrent comme nase : Nicolas Sarkozy. Lamentable aussi parce que celui qui le prononce peut être considéré sans risque de se tromper, comme le plus fidèle chambellan de celui sur qui il s’acharne aujourd’hui, en l’occurrence le Colonel Kadhafi. La preuve manifeste du téléguidage est qu’il a été se faire «noter» par son mentor, après son habituel zéro pointé.

Seulement, mon humble avis me dicte de situer plus loin cette histoire de deal dont l’aboutissement est, à ne pas en douter, la dévolution monarchique que Wade, sans le laisser entendre, est en train de tisser. Un rappel des propos qu’il a tenus à Paris lors de sa visite d’avant les élections locales de 2009 nous édifiera mieux sur la véracité que cet homme est un manipulateur accompli. Le pire est qu’il veut nous ancrer dans sa candidature virtuelle, nous distraire et nous détourner de l’essentiel qui n’est autre que son départ du pouvoir. Il se sait fini et ne veut, ni ne peut l’admettre. Mais n’adviendra que ce que décidera le peuple. Manipulant ou s’adressant au Président français – c’est selon – il lui disait : «Je suis venu discuter avec la France de nos relations, mais aussi du Sénégal. J’ai décidé de me retirer, je ne me présenterai pas aux prochaines élections.» Et c’est cela la vérité ; et bien qu’inconnu au bataillon des véridiques, je crois ces propos pour conformes à la réalité du moment.

Pour ceux qui souhaitent le voir rempiler, désamour ne peut être plus évidente que de l’accompagner dans ce sens. Si c’est par amour du pays, le Sénégal est une entreprise nationale où tout le peuple est employé et on ne confie pas un si vaste projet à un vieillard de plus de 85 ans. Si c’est par sentimentalisme à son égard, nul d’entre nous n’accepterait que son père travaille à cet âge. Et lui-même le dit en évoquant dans cet entretien, l’objectif de «mettre en place un processus de succession qui conserverait la stabilité du Sénégal et permettrait à mon successeur de continuer le travail que j’ai entamé». Et il dit plus loin : «J’aurais souhaité continuer pour parachever mes chantiers, mais compte tenu de mon âge, ce sera difficile.» Pourquoi maintenant, si ce n’est pas de la manipulation, entretenir ce flou sur sa dévolution monarchique du pouvoir. Toujours répondant aux questions de son examinateur lui demandant s’il avait conçu le profil de son remplaçant, il lui confiait : «J’envisageais de trouver quelqu’un parmi mes plus proches collaborateurs, mais avec ce qui s’est passé avec Idrissa Seck, j’ai perdu toute confiance. Au-delà de ce qui m’oppose à lui sur le plan politique, c’est l’argent qu’il a transféré à son compte qui me contrarie. Même le peuple ne comprend pas mon in­dulgence envers lui. Je n’ai pas non plus été heureux avec Macky Sall.»

Le Rubicon est presque franchi. Et même si ses deux précédents directeurs de campagne : le jardinier de ses rêves, et le meilleur Premier ministre ayant sorti ses chantiers de terre lui ont fait preuve de fidélité en lui offrant la Présidence en 2000 et 2007, lui ne leur doit que de porter des soupçons sur eux et les écarter au profit de son fils. Il le confirme en confiant à Sarkozy : «C’est mon fils qui est le mieux placé», et comme pour conforter sa «vérité», il s’épanche sur ce qu’il y a de plus faux en révélant que «Karim est aimé des Sénégalais ! Ils me forcent même la main pour qu’il me remplace, il est le plus brillant». Quel élégant «républicaniste !»

Dans ce pays qu’il a sillonné de 1974 à nos jours sans l’ombre de sa famille, Me Wade ne voit que son fils dans la foultitude d’intellectuels du Sénégal. Est-ce que cet homme est sérieux ? Et quelle ingratitude vis-à-vis de ceux qui ont bravé toutes les brimades et incarcérations pour le conduire à la station qu’il considère aujourd’hui comme génétique !

Plus loin poursuivant son utopie, il dira au Président français : «Karim a un mouvement qui déborde dans tout le Sénégal. Même le Pds ne fera pas le poids devant son mouvement. Pour vous le confirmer, il va gagner la mairie de Dakar.» Ce dernier sera humilié jusque dans son propre bureau de vote, au grand bonheur des Dakarois qui l’ont bouté en freinant les ambitions toutes taillées de ce garçon qui nous doit toujours des explications sur nos ressources dilapidées dans l’Anoci. Ne reculant jamais et toute honte bue, Wade re­tournera rendre compte à Sar­ko­zy en ces termes : «C’est ma pro­pre majorité qui a saboté les élections, mais je mettrai mon fils au Palais en respectant toutes les règles démocratiques.» Com­prenant l’ampleur du rejet de son parti, il concocte le plan de liquidation du Pds en mettant sur pied un espiègle dosage avec la Gé­né­ra­tion du concret. Celui-ci devant conduire à un congrès consacrant Ka­­rim comme chef de parti sous le giron d’un nouveau parti : le Pdsl.

Maintenant qu’il a la certitude du mépris qu’il engendre chez les citoyens sénégalais, il s’en va se faire la marionnette de Sarkozy en usant de courbettes et espérant trouver chez ce plus qu’impopulaire, l’onction miracle de sa succession monarchique. C’est en fait un signe patent de sa sénescence et nous pouvons sans aucun doute nous attendre à plus de bourdes de sa part. Celle commise à Benghazi est déshonorante et, au-delà, très grave pour la sécurité de nos compatriotes qui vivent dans ce pays. Mais aussi pour nous, puisque le Guide libyen s’accroche au pouvoir et on ne sait pas de quoi demain sera fait. Il est temps que nous comprenions que le Président Abdoulaye Wade est un danger pour ce pays. Il ne s’est jamais soucié que de son accession au pouvoir et, aujourd’hui, comment y demeurer même après sa mort qui est inéluctable. Nous devons nous rallier au seul mot d’ordre qui vaille : Le départ de Wade. Car s’il y a un problème dans ce Sénégal, c’est sa faute. Ainsi, seule son éviction du pouvoir est salutaire. Faire mieux que Wade relève d’un jeu d’enfant et ceux qui prétendent au pouvoir ont déjà un programme citoyen en la Charte de bonne gouvernance démocratique. Faisons en sorte qu’elle soit nôtre et défendons-la avec l’énergie du désespoir pour que germent à partir de la prochaine Présidentielle, les graines d’une démocratie pérenne mais surtout ancrée dans une stabilité économique durable, seule facteur de développement.

Sidy DIA – dans LeQuotidien.sn ( semaine du 13 au 19 juin 2011)

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