Quelques idées sur la souverainté: Le MFDC est un Mouvement pas un Parti politique

Le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) comme son nom l’indique est un Mouvement fondé en 1947 et non un Parti Politique.

Il exprimait une certaine différence de la Casamance dans l’AOF et la Colonie du Sénégal où était le gouvernement de l’AOF.

Est-ce un mouvement indépendantiste comme sa brève histoire de la période des années 1980 semble l’indiquer à travers les discours de certains de ses leaders ?

A défaut d’avoir des données factuelles qui puissent nous permettre de trancher sur cette période des années 1980 – où nous avons grandi endurci par le bruit des armes de guerre -, nous pouvons juste dire que selon les animateurs connus du mouvement, il y a un discours propagandiste qui maintient que le Président L.S. Senghor leur aurait garanti l’autonomie.

A notre avis, pour aller de l’avant, il faut dévoiler les sources qui attestent cela. Ceci dit, elles ne constitueront que des données supplémentaires dans l’histoire du MFDC.

Sinon, historiquement comme juridiquement l’histoire de la Casamance elle seule se suffit elle-même aussi longtemps qu’on évitera de faire la confusion entre la colonie des comptoirs du Sénégal, la colonie agricole né du traité de Ngio, l’AOF et les indépendances.

Alors, s’il faut parler de politique, de partis et mouvements politiques, c’est l’histoire de l’AOF et des indépendances qui va plus nous intéresser et qui permet de voir comment le Sénégal et la Casamance ont eu à partager l’histoire de l’administration coloniale et militaire de l’Afrique Occidentale française.

C’est encore une longue histoire et une somme d’archives sur l’histoire politique de l’AOF qui nous attendent. Dans ce cas, intéressons nous principalement et rapidement à l’évolution du MFDC pour comprendre pourquoi l’idée de l’autonomie de la Casamance n’est pas toute aussi saugrenue comme certaines interprétations tendent à le faire croire…

Détail essentiel, il est né du MFDC et par contestation un mouvement qui porte le nom de Mouvement Autonomiste Casamançais (MAC). Pourquoi naître sous: « Mouvement Autonomiste Casamançais » – appellation sans équivoque-, quand on veut contester les tendances d’une matrice qui engendre les « Forces Démocratiques de Casamance  » ?

Ceci ne révèle qu’une problématique d’immédiateté. Même si les frondeurs fondateurs et certains de leurs héritiers ont tendance à nier le passé de « MAC-quisards » de ces mouvements – certainement en relation avec les choix qu’ils ont fait (les différents leaders MFDC & MAC) de rejoindre Senghor dans le processus de construction d’une démocratie dans la colonie du Sénégal – il nous semble que les différentes dénominations tendent corrélativement à confirmer la nature indépendantiste du mouvement.

Mais cela ne doit pas conduire à commettre l’erreur qui consiste à dire que comme ils ont adhéré au parti de Senghor, c’est donc qu’ils auraient renié leurs idées. C’est ignorer le sens de ce qu’on appelle un « Mouvement politique ».

En effet, un mouvement politique s’organise d’abord et avant tout autour d’une idée qu’il veut porter devant un pouvoir politique. Ce qui fait que les membres d’un mouvement politique peuvent être issus ou adhérer dans n’importe quel parti politique – qui lui cherche à conquérir le pouvoir -, dans le seul but de promouvoir leurs idées d’autonomie par exemple comme dans le cas du MFDC sous le gouvernement général de l’AOF.

Ce qui nous ramène donc inéluctablement dans le contexte de l’AOF. Notons qu’un Mouvement politique d’obédience régionale né en 1946 en AOF doit avoir une autre idée de l’Union Française dont le préambule de la constitution nous dit:

« La France forme, avec les peuples d’Outre-Mer, une union fondée sur l’égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion. – L’Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun, ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s’administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l’arbitraire, elle garantit à tous l’égal accès aux fonctions publiques et l’exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus. »

Que des Casamançais décident de créer dès mars 1947, soit 6 mois plus tard, un Mouvement des Forces Démocratiques pour défendre leurs idées conforment à la réalité socio-culturelle locale, cela devrait nous inviter à être attentif au discours du MFDC et surtout à chercher à comprendre réellement si l’Union française était vue comme un premier pas vers l’indépendance des territoires africains.

Il ne faut pas aussi oublier qu’il y a eu dans l’AOF un certain nombre de Mouvements comme le Mouvement Populaire Sénégalais, Mouvement Populaire d’Évolution Africaine, Mouvement Socialiste Africain et autant de partis politiques qui avaient l’ambition de se rassembler pour la réalisation de la démocratie politique et sociale en « Afrique Noire ».

Ainsi, sous l’AOF, la volonté des élites africaines et sénégalaises en particulier qui avaient entre autres Dakar comme capitale du gouvernement fédéral, était d’œuvrer pour le maintien des Fédérations ainsi façonnées par le pouvoir colonial.

Ils (nos anciens hommes politiques pas tous certainement) avaient été assez naïfs – malgré tout le respect qu’on leur doit – de croire que le combat devait se mener par le haut, c’est-à-dire en maintenant les réalités historiques de la colonisation au dépens de ce que les mémoires des peuples peuvent engranger en termes de résistance par rapport à tout ce qui découle des décombres du système colonial.

Les fédérations AOF… qui nous ont légués la CEDEAO/UEMOA n’ont aucune base historique, ethnique ou culturelle mais sont efficacement économique pour le colon qui ne s’intéressait pas réellement pour autant à l’histoire, aux ethnies et cultures locales…

Certes, on peut transformer le mal en bien, encore faut-il trouver la bonne méthode. D’où la question, Senghor avait-il trouvé la bonne méthode au Sénégal après l’échec de la Fédération du Mali, en gardant le MFDC (et le MAC) en essayant vaille que vaille à créer la Confédération de la Sénégambie ?

Si nous nous inspirons des années 1980, la réponse est un Non catégorique. C’est ici d’ailleurs que tout observateur de l’histoire politique en Afrique de l’Ouest peut établir un parallèle entre l’après Senghor qui porterait les signes annonciateurs de l’après Houphouët Boigny.

– En espérant que nous reviendrons sur cette comparaison dans un autre texte -, nous préférons pour l’instant dire qu’au regard de l’histoire du MFDC, on peut dire que le modèle de con-fédération sous-régionale que nous maintenons en Afrique de l’Ouest issue de la colonisation française sape continuellement toute idée d’unité africaine.

C’est uniquement dans la zone CEDEAO/UEMOA « là où la fédération est efficacement économique », où nous retrouvons une panoplie de « mercenaires africains » qui vendent l’idée d’une colonisation positive à l’image d’un certain Abdou Diouf et qui veulent nous faire croire qu’il faut lutter pour maintenir ces fédérations artificielles dont le seul mérite est de rendre efficace l’exploitation coloniale et néo-coloniale à travers la gestion du CFA.

En outre, les jeunesses Africaines doivent réfléchir autour d’un Mouvement pour les Souverainetés Africaines dans la perspective de se dire que tous les peuples Africains ont droit d’exiger l’exercice de leurs droits et libertés.

C’est après et uniquement après que chaque peuple aura pris pleine conscience de sa souveraineté qu’on pourrait alors lui parler d’unité souveraine de l’Afrique et cela seuls les pays anglophones semblent donner le bon exemple.

Il ne faut donc pas se tromper. L’AOF est encore en vie et nous pouvons en donner comme « vieille » preuve la re-colonisation de la Guinée-Bissau en 1997, pays qui a adopté le Franc des Colonies Françaises d’Afrique de l’Ouest ou si vous voulez le F – CFA -OF. C’est un grand recul en arrière dans l’histoire de la colonisation.

Dire que nos parents sont morts pour la souveraineté du pays et voilà que quelques « Négriers en cravates » ont décidé d’insulter leur mémoire.

Ah, vanité des vanités !

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