Alassane Ouattara et la « révolution à l’ivoirienne »

Après le coup d’État contre Bédié que les ivoiriens s’empressèrent de considérer comme « un cadeau de noël », monsieur « Ado le drame ivoirien » se permettait sa propre formule en parlant de « révolution à l’ivoirienne ». Le coup de force militaire du 24 décembre 1999 était à ses yeux une révolution à l’ivoirienne qui allait certainement lui permettre d’accéder au pouvoir.

Dès les premières heures de ce coup d’État, ce sont les membres du RDR, son parti né en 1995 des décombres du PDCI-RDA, qui vont être libérés de prison où ils ont été enfermés pour troubles à l’ordre public selon d’ailleurs une loi anti casseurs dont M. Ouattara fut le paternel (sauf erreur).

On se rappellera que le fameux gouvernement de transition composé par la junte qui s’était réservé une dizaine de postes clefs, avait été contesté au début par le FPI qui avait trouvé que les numéros 2 et 3 de la junte étaient des proches de M. Ouattara; le numéro 2 n’était autre qu’un officier de l’armée ivoirienne ministre de la sécurité de l’unique premier ministre d’Houphouët Boigny.

Alors qu’il était question d’un « gouvernement électoraliste » dit de transition qui devait préparer les élections de 2000, la junte octroya le poste de ministre de l’intérieur, celui là même qui est chargé d’organiser les « élections générales » à venir, à un ancien ministre de la défense du dernier gouvernement sous Houphouët.

Dans un gouvernement qui devait être constitué de 21 membres, plus de la moitié était des « alassanites » comme disait le chef de la junte militaire, le général Robert Gueï. Alors même que sur le plan national, l’électorat de Gbagbo représentait selon les dernières législatives 24 %, là où les dissidents du PDCI-RDA, c’est-à-dire le RDR de « Ado le drame ivoirien » n’ont pu grignoter que 11% de leur ancien parti d’origine en 1995.

Il faut voir les choses en face – pour la petite parenthèse – en Côte d’Ivoire, les clivages sont assez clairs. Ce sont majoritairement les musulmans et les catalogués étrangers ou qui se sentent ainsi à l’avantage de l’ancien PDCI-RDA qui votent pour le PDCI-RDR et cela Alassane Ouattara est le premier à le dire quand il proclame qu’il détient 60% de l’électorat nordiste. La désillusion a été très forte quand il fut obligé de s’allier avec Bédié au second tour de 2010… mais que croyez-vous, que le PDCI-RDA va voter pieds et poings liés PDCI-RDR quand on se rappelle qu’entre 1993 et 1999 l’animosité entre animistes et chrétiens contre musulmans était au summum par la faute de tous ces politiciens, alors qu’entre 2000 et 2010 une furia évangéliste avait gagné la Côte d’Ivoire ?

L’obédience non musulmane a grandi en Côte d’Ivoire, au point qu’aujourd’hui on accuse le nord musulman indirectement d’être lié à AQMI…. Qui a besoin de travailler à la CIA pour savoir que le meilleur moyen d’écarter son ennemi dans notre univers impérialiste dominé par l’occident, il suffit de l’accuser de collaborer avec l’axe du mal qui a la fâcheuse tendance de nourrir des stéréotypes anti-musulmans. Ivoiriens, vous n’avez encore rien vu…

En toute logique – pour revenir sur la formation du gouvernement de transition – et dans de tels gouvernements qui se veulent aller vers la démocratie, si la junte militaire voulait préparer des élections justes, sa composition aurait pu à défaut de faire la part belle au FPI, au moins octroyer le même nombre de portefeuilles ministériels aux deux partis. Un tel attelage a fini par faire croire aux ivoiriens – leaders et militants des partis comme le PDCI, le PIT et le FPI – que le gouvernement de la junte militaire, le fameux CNSP était un gouvernement RDR, que le coup d’Etat de décembre 1999 était un « coup d’Etat RDR ».

Que « Ado le drame ivoirien » soutienne n’avoir jamais était mis au courant du coup de force, c’est-à-dire que son ancien ministre de la défense ne lui aurait jamais fait part de son intention de lui faire tirer profit de la mutinerie des soldats de retour de mission de la « MINURCA » qui réclamaient le payement de leurs frais de mission, les faits sont là. Et personne n’est prêt à le croire quand on sait qu’au Sénégal, des soldats de retour de mission ont tiré des coups de feu en l’air, occupé des routes pour réclamer leurs frais de mission. Ils sont rentrés dans les casernes ensuite.

Pourquoi donc en Côte d’Ivoire, ce qui devait être une simple mutinerie de quelques soldats va se transformer en « révolution à l’ivoirienne » dont les cerveaux n’étaient que des militaires qui voulaient prendre leurs revanches, revanche dont le principal bénéficiaire n’est autre qu’un certain parti politique qui porte le nom du RDR ?

Toutes les revendications du RDR dont la junte militaire avait porté un instant l’espoir jusqu’à ce qu’elle s’éclate sont contenues dans le fameux « Accord de Marcoussis« .

Sauf que désormais, ce n’est plus une junte militaire qui les a amené sur la table de négociation des « PARTIS POLITIQUES », mais et bizarrement, une rébellion constituée d’éléments de l’ancienne junte militaire et contre l’État de Côte d’Ivoire.

La chute de ce petit postillon pourrait permettre de comprendre que Mrs. Ouattara et Wade « le mercenaire africain » en Libye, ont la même conception de la rébellion armée, elle permet de faire des « révolutions à l’ivoirienne » et que tout pays souverain « devrait être honoré » d’en détenir…

J’ai donc perdu tout ce temps à ne pas exhiber avec fierté mon origine Casamançaise où existe le plus vieux mouvement politique armé qui est un honneur pour le Sénégal du président Abdoulaye Wade.

Désormais, monsieur le président Wade, je peux dire vive le MFDC, vive la Casamance et le « Pays Ajamaat » !

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