Abdoulaye Wade n’est-il pas en train de jouer avec le feu ?

« Abdoulaye Wade parle en démocrate mais agit en despote« . C’est en ces termes qu’un de ses fidèles lieutenants dans les années 1990 + définissait le président du Parti Démocrate du Sénégal.

Les mêmes travers de l’homme sont constatés dans la manière dont il s’implique dans des questions aussi sérieuses comme les rébellions et renversements de régimes en Afrique. C’est lui ou personne. Quitte à saper toute volonté d’unité, il ira seul pour sa gloriole.

Ils sont certainement plus nombreux ces présidents qui font des conflits en Afrique une affaire de promotion personnelle. Mais Abdoulaye Wade, le chef de l’Etat du Sénégal est celui qui n’en fait qu’à sa tête. Et nul besoin de s’étendre ici sur la personne que le président Senghor assimile à « Ndiombor – lièvre » qui dans l’imaginaire de la civilisation Sereer est un animal symbole de la malignité.

Il faut juste que la jeunesse africaine soit avertie, Abdoulaye Wade a d’autres projets que ceux qui justifient l’existence de l’Union Africaine. La preuve, pour la Côte d’Ivoire où des putschistes se sont mus en rébellion armée exigeant le départ de Laurent Gbagbo, une rébellion qui a divisé le pays en deux pour ensuite perpétrer de nombreuses fraudes durant les supposées « élections démocratiques », Abdoulaye Wade a et assume unilatéralement sa responsabilité dans l’échec de la médiation offerte par les chefs d’État africains en demandant à la France d’attaquer le président Laurent Gbagbo.

Le voici encore au-devant de la scène médiatique pour reconnaître une rébellion en Libye. Des hommes ont pris des armes pour exiger le départ de Kadhafi et le énième crime de ce dernier est d’avoir menacé de « massacrer » ces hommes armés, ce terrorisme domestique qu’Abdoulaye Wade qualifie désormais d’opposition armée historique.

Que va-t-on assister désormais ? Une autre séquence de la raison du plus fort en Libye avec un déluge de feu sur la résidence de Kadhafi ? Quel plaisir Abdoulaye Wade tire-t-il à cautionner les agissements des puissances occidentales qui viennent appuyer ouvertement des rébellions qui veulent chasser du pouvoir des présidents africains ?

Mais monsieur Wade a-t-il oublié qu’il existe depuis 1947 — une époque où les Africains cherchaient à créer des partis politiques qui devaient tenir compte des aspirations des populations qu’elles représentent -, les élites casamançaises ont créé un parti d’opposition qui s’appelle le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) qui a participé à la gestion de manière fédérale du nouveau Sénégal et du protectorat de la Casamance dans les années 60 et 70 ?

Pour la petite parenthèse, le MFDC est (l’un si ce n’est pas) le plus vieux parti politique identitaire de l’Afrique de l’Ouest. Car, sous l’Union française les hommes politiques appelés les pères de l’indépendance et dans leur grande majorité étaient dans les partis métropolitains (Lamine Gueye, L.S.Senghor, Houphouët Boigny) et avaient crée par la suite des partis affiliés aux grandes formations politiques françaises.

Abdoulaye Wade ignore-t-il que le même MFDC est devenu une opposition armée à partir des années 1980 et réclame depuis lors l’indépendance de la Casamance, position historiquement et juridiquement défendable ? Qu’adviendra-t-il si toute l’Afrique qu’il se met à dos, s’entend pour que le Sénégal se plie aux demandes de souveraineté du MFDC qui entend parler au nom du peuple casamançais ?

Le silence de l’opposition sénégalaise (à l’exception du très technocrate Ousmane Tanor Dieng) est condamnable. Les turpitudes diplomatiques du président Wade auront des conséquences regrettables pour l’Afrique en général et pour le Sénégal en particulier.

Nous ne sommes plus devant la problématique du « (Un) destin pour l’Afrique. L’avenir d’un continent. » Il est question désormais de gérer une fatalité dont le piège posé est symbolisé par Abdoulaye Wade.

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