9e RDV avec un « mercenaire africain »: Alassane Ouattara… « c’est quel ivoirien ça ? »

Monsieur se croit être de quel pays de « Kong »? Pour le nouveau directeur de Fraternité Matin, Ado pouvait se présenter si la Côte d’Ivoire était à la recherche d’un roi ou d’un chef traditionnel. Mais là, il s’agit de l’élection d’un président de la République.

C’EST QUEL IVOIRIEN CA ?

Monsieur Alassane Ouattara est donc candidat à l’élection présidentielle de l’an 2000. Parce qu’il est ivoirien et éligible. Contrairement à 1995 où il avait reconnu ne pas être éligible. Qu’est-ce qui s’est donc passé ? Pour ce que nous savons, rien n’a changé au niveau des conditions d’éligibilité.

C’est donc au niveau de Monsieur Ouattara que quelque chose a changé. Lors du congrès de son parti, il a affirmé haut et fort qu’il est ivoirien. Et Balla Keïta l’a confirmé. Il a déclare dans « le jour » que Monsieur Ouattara est bien ivoirien, originaire de Kong.

D’ailleurs, au moment ou Monsieur Ouattara devait être nommé Premier Ministre, le Président Félix Houphouët-Boigny l’avait envoyé, lui Balla Kéïta, annoncer aux habitants de Kong que Monsieur Ouattara était originaire de chez eux. Un bien drôle d’ivoirien que cet Ouattara, que Balla Keïta est obligé d’aller présenter aux gens de son village pour qu’ils sachent qu’il est effectivement de chez eux.

Et seulement au moment où, il va être nommé Premier Ministre. Il n’avait donc jamais mis les pieds dans son village auparavant ? Monsieur James Cenach, le grand journaliste que nous connaissons, est devenu grand enquêteur ès Ouattara.

Il a annoncé sur RFI le 04 Août dernier qu’Alassane Ouattara était bien ivoirien puisque Kong était le foyer des Ouattara. Et il a précisé que les limites des royaumes traditionnels ne coïncident pas forcément avec les frontières, héritées de la colonisation.

Mais Monsieur James Cenach, oublie sans doute que ce dont il est question actuellement n’est pas l’élection du roi ou de l’empereur ou du chef traditionnel de Kong, mais du Président de la République de Côte d’Ivoire. Et la Côte d’Ivoire ne va pas au-delà de Ouangolodougou.

Nous avons tous accepté les frontières héritées de la colonisation. Et c’est à partir de ce découpage que depuis l’indépendance le Ouattara de Kong partage la même nationalité que le Ehui d’Adiaké, le Kipré de Gagnoa, le Tra Bi de Bouaflé, le Konan de Bocanda, le Kambiré de Bouna, le Beugré de Sassandra, mais pas avec le Ouattara de Bobo Dioulasso. C’est comme çà. Et nous l’avons accepté.

Monsieur Gaoussou Ouattara, qui est depuis à l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire sait que les lois qu’il vote ne concernent pas les Ouattara du Burkina Faso ou du Mali, même s’il est par ailleurs le chef traditionnel de tous les Ouattara. Le Kouamé dont le foyer originel se trouve quelque part vers Kumassi ne va pas pour autant avoir des prétentions au Ghana, même s’il y retrouve des parents.

Alors, arrêtons de jouer avec les mots, les formules, l’histoire. Monsieur Gaoussou Ouattara a bien déclaré dans « le jour » qu’en 1948 au moment où la Côte d’Ivoire et la Haute volta se séparaient pour devenir deux colonies distinctes, leur père est rentré en haute Volta avec les plus jeunes de ses frères, dont Alassane Ouattara, pour être chef traditionnel à Sindou ; c’est Sindou le village du père d’Alassane Ouattara et non Kong, si Kong était chez lui ?

Pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas simplement qu’en 1990, Houphouët-Boigny voulant le nommer Premier Ministre, il fallait absolument lui trouver une attache en Côte d’Ivoire ? Pourquoi ce « digne fils » de Kong, qui a exercé les plus hautes fonctions dans les institutions internationales, qui a été Premier Ministre de la Côte d’ivoire, n’a commencé que maintenant à construire une maison dans « son village » ? C’est quel ivoirien ça ?

Lors du congrès de son parti, Monsieur Alassane Ouattara a exhibé sa carte d’identité ivoirienne et celle de sa mère. Et l’on s’est aperçu que la sienne n’a été établie qu’en 1982, alors qu’il avait déjà 40 ans. Sous quelle identité avait-il donc vécu jusque là ?

Que l’on ne dise pas qu’il s’agit d’un renouvellement. Parce que lorsque l’on renouvelle sa carte d’identité, elle garde toujours le numéro de l’année où elle a été établie pour la première fois. Et le numéro de la carte d’identité de Monsieur Alassane Ouattara indique bien qu’elle a été établie pour la première fois en 1982.

L’on s’est aperçu également que sur sa carte d’identité sa mère s’appelle Nabintou Ouattara. Et pourquoi, celle qu’il a présentée et dont il a montré les papiers s’appelle Nabintou cissé, née à Dabou. D’autre part, sur sa demande de carte d’identité formulée en 1990, il est précisé que son père est à Kong et sa mère à Odienné.

Et pourtant sur leurs cartes d’identité ils sont nés respectivement à Dimbokro et Dabou. Que signifie tout cela ? Aujourd’hui, ce qui est en question est l’avenir de la Côte d’ivoire. Et cet avenir, personne n’a le droit de jouer avec. Surtout pas pour une question d’orgueil ou d’ambition personnelle. Puisque Monsieur Alassane Ouattara veut diriger les ivoiriens, dans la transparence, il leur doit des éclaircissements sur un certain nombre points.

A-t-il jamais porté la nationalité voltaïque ou Burkinabé ? Il a déclaré qu’il a servi la Haute Volta. A quel titre ? En tant que Voltaïque ou en tant que coopérant ivoirien. Après l’indépendance de la Haute Volta en 1960, est-il resté dans ce pays en tant que Voltaïque ou en tant qu’émigré ivoirien ?

Est-il vrai que sa vraie mère, Nabintou Ouattara, venue de sa Haute Volta natale rejoindre son mari est morte et qu’il a été élevé par la seconde épouse de son père, Nabintou Cissé ? Etait-il ou non le Président des cadres Burkinabé travaillant à Dakar, pourquoi est-ce seulement en 1982 qu’il a établi sa première carte d’identité ivoirienne ? Et pourquoi toutes ces confusions sur le nom de sa mère, sur les lieux de naissance de ses parents ?

Si Monsieur Alassane Ouattara veut vraiment être le Président des ivoiriens, il leur doit des réponses claires à toutes ces questions, et surtout à celle-ci : pourquoi, alors qu’il avait refusé de se présenter en 1995 à cause du code électoral, il décide de le faire maintenant sans que ce code n’ait changé ?

Aujourd’hui nous entendons ici et là des menaces à peine voilées du genre « si ADO n’est pas candidat on va voir ». « Nettoyez vos fusils, aiguisez vos machettes ». Certains se disent prêts à mettre ce pays à feu et à sang si la candidature d’ADO n’est pas retenue. C’est entendu. Ceux qui mourront, mourront. Et ceux qui doivent perdre leurs biens les perdront. Mais ce qui est sûr, ils se font peur à eux mêmes.

Il ne faut jamais forcer le destin. Et nous pensons que Monsieur Alassane Ouattara a eu un destin formidable. Il a été gouverneur de la BCEAO, Premier Ministre de la Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny dont il assurait parfois l’intérim (comme il se plait à le répéter) et Directeur Général adjoint du FMI. Pourquoi veut-il à tout prix la seule chose qu’il sait qu’il ne peut obtenir ?

Venance Konan

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