Presse sénégalaise: Alassane Dramane Ouattara, chef d’Etat trop « endetté » sur le plan politique et moral

Alassane Ouattara impose un deuil national aux Ivoiriens puis prend les airs pour aller fêter sa victoire avec l’axe des « néo-tirailleurs ». Les journaux sénégalais s’interrogent sur le sens des priorités du président imposé par la France. Certains en ont profité pour mesurer la popularité du président Wade qui veut endosser la paternité du coup d’État ordonné par Nicolas Sarkozy le 11 avril 2011.

Les journaux spéculent sur les dessous de la visite de Ouattara

L’accueil réservé à Dakar au président ivoirien ainsi que les interrogations sur les motivations de cette première visite officielle entamée jeudi sont traités en priorité par les quotidiens parvenus vendredi à l’APS.

‘’Le peuple du Sopi (partisans du pouvoir, NDLR) boycotte Ouattara’’, tranche Walfadjri, en allusion à l’accueil réservé jeudi en fin d’après-midi au président ivoirien, lors sa première visite officielle.

‘’La communauté ivoirienne de Dakar a tenu à célébrer l’arrivée de son président. Plus active, plus excitée, elle l’a été face à une mobilisation des libéraux sénégalais loin d’être celle des grands jours’’, note le journal.

C’est que ‘’Wade ne fait plus foule’’, selon Le Quotidien.

Alassane Dramane Ouattara n’a ‘’pas eu droit à l’accueil des grandes foules auxquelles son homologue sénégalais avait habitué ses hôtes’’, indique le journal du groupe Avenir Communication.

Pour Thiey Le Journal, par cette première visite officielle, ‘’Alassane Ouattara rétablit l’axe Dakar-Abidjan’’, après ‘’une période de froid’’ observée sous l’ère Gbagbo. Pas convaincue, La Sentinelle s’interroge : ‘’Pourquoi Dakar ?’’.

‘’Sitôt sa prestation de serment faite, le tout nouveau président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara (ADO) a réservé sa première visite officielle au Sénégal. (…) Tout de même, elle est sujette à interrogations’’

Indique le journal.

‘’Serait-ce un retour d’ascenseur ou un acte de reconnaissance de la part de l’actuel homme fort d’Abidjan en direction d’un souteneur ?’’

S’interroge encore le journal, non sans rappeler le rôle joué par la diplomatie sénégalaise dans la résolution du conflit ivoirien, avant même la crise postélectorale.

L’Observateur ouvre carrément sur les ‘’dessous de la visite de Ouattara’’ et les ‘’non-dits d’une visite d’+amitié+’’.

‘’Ado a +choisi+ le Sénégal après un intense lobbying de Wade, déterminé à récupérer très vite les premières dividendes de son investissement constant pour l’élection de l’ancien gouverneur de la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest)’’, écrit le journal.

Il évoque

‘’une invitation insistante à Dakar pour fêter ensemble une victoire presque collective sur Gbagbo, l’ennemi commun’ dont les relations avec le chef de l’Etat sénégalais n’étaient pas au beau fixe

Comme le rappellent d’autres quotidiens.

Pour être complet sur Alassane Ouattara et la Côte d’Ivoire, Le Populaire ouvre sur les ‘’proches de Gbagbo ciblés par le procureur’’, soit une liste de 148 personnes dont les avoirs ont été gelés par la justice ivoirienne.

Dakar, 13 mai (APS) –

BK/AD

DEPLACEMENT DU NOUVEAU PRESIDENT IVOIRIEN A DAKAR : Etait-ce aussi urgent ?

Le président Wade a « libéré » hier son hôte, petit frère et homologue ivoirien, Alassane Ouattara. Après une visite d’amitié de quarante-huit heures. Auparavant, les deux chefs d’Etat ont animé une conférence de presse au Méridien Président. Mais, cet exercice n’aura finalement pas répondu aux attentes. Les discours des deux conférenciers sentent le réchauffé. Et, l’on se demande si le déplacement de Dakar était aussi urgent ?

Le président Alassane Dramane Ouattara est déjà photographié comme un chef d’Etat trop « endetté ». Sur le plan politique et moral, s’entend. Pour cause, sortie vainqueur de la plus que controversée présidentielle Ivoirienne, il a été porté au pouvoir par la communauté internationale.

Et, la partition du président Wade ne serait pas des moindres. Mais, si tant est qu’il « doit » quelque chose à son « grand frère » Wade, jusqu’où pourra aller cette dette ?

Déjà, à Dakar, le président Ivoirien a été accueilli en héros et brandi comme un « trophée » mondiale par les autorités Sénégalaises. Le héros Ivoirien devrait alors assurer et défendre de l’opportunité de son déplacement jugée prématurée. Mais, au terme des discours et autres réponses, le constat est sans appel : le périple de Dakar n’était pas urgent.

Et pour cause ! Le chef de l’Etat Ivoirien a parlé d’une « visite d’amitié, à un pays frère, dirigé par un grand frère », avec qui il partage « la grande famille libérale ». Sur d’autres aspects, le leader du Rassemblement des Républicains (RDR) a plutôt réchauffé son discours servi quelques heures après l’arrestation de son rival, Laurent Gbagbo.

Ainsi, l’opportunité de cette visite semble être intimement liée à un « devoir de reconnaissance ». Mais, jusqu’où s’étalera cette reconnaissance ? Si le déplacement de Ouattara est mal interprété, c’est qu’il est effectué par un président qui pense déjà à ses « amitiés », alors que le deuil n’a pas encore quitté son pays.

Les soixante-douze heures de deuil national, en la mémoire des victimes de la Guerre en Côte d’Ivoire, ne l’ont pas empêché de venir au Sénégal, « remercier les Ivoiriens de Dakar ». Pour marquer sa reconnaissance à un « grand frère ».

Une lettre officielle, précédée d’un entretien téléphonique serait certainement insignifiante. Telle procédure ne serait pas à la juste mesure de ce que le chef de l’Etat Sénégalais « a fait » pour le nouvel homme fort d’Abidjan :

« Parrainage de l’entrée du RDR à l’internationale libérale, conseil et soutien dans l’entre deux tours et partition dans la guerre contre l’ennemi commun, Laurent Gbagbo ».

Mais, quel sera le nouvel équilibre entre l’axe Dakar-Abidjan, « locomotive de l’intégration sous régionale », selon les termes des deux chefs d’Etat ? La Côte d’Ivoire devra-t-elle toujours avoir en tête cette « dette de reconnaissance » envers le Sénégal, au prix de ses intérêts souverains ?

Le Dr Alassane Ouattara a dû forcer son emploi du temps, plus que chargé, « bouger », à l’aube d’une reconstruction qui, « ne sera pas facile », a-t-il reconnu.

L’objectif de cette entreprise, au moins difficile, est d’abord et surtout de rattraper plus d’une décennie de retard. Face à une telle urgence, la visite de Dakar était-ce aussi urgente? Surtout qu’elle est effectuée en l’honneur d’un chef d’Etat qui, n’a forcément pas les mêmes urgences que son peuple.

L’Office, Dakar 14 mai

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