Sarkozy pratique le néo-interventionnisme en participant à deux guerres en Afrique

Les troubles politiques intérieurs en Libye et en Côte d’Ivoire ont abouti dans chaque pays à un conflit militaire auquel la France a participé directement.

Le degré de son ingérence dépasse de loin celui des États-Unis, surnommé le « gendarme du monde », et des autres pays occidentaux. Ainsi, Nicolas Sarkozy montre que le gouvernement français pratique un néo-interventionnisme dans ses affaires africaines.

Tout en déclenchant le bombardement de la Libye, la France a lancé des opérations militaires directes en Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest. Le 4 avril, l’Élysée a annoncé que le président avait autorisé l’armée à participer aux opérations militaires en Côte d’Ivoire afin de désarmer les forces partisanes de Laurent Gbagbo. À cette fin, l’armée française a envoyé un renfort de 300 hommes en Côte d’Ivoire.

Ainsi, les effectifs des forces françaises Licorne dans ce pays ont atteint 1 500 hommes. Des hélicoptères français ont attaqué une garnison de Gbagbo à Abidjan, et les troupes françaises et le groupe d’action onusien stationné dans ce pays ont collaboré et contrôlé l’aéroport international de la capitale.

Le 11 avril, les chars français ont cerné et attaqué une résidence de Gbagbo et un commando français l’y a arrêté avant de le remettre aux forces armées soutenant Ouattara.

En participant aux conflits militaires en Libye et en Côte d’Ivoire, la France veut évincer Kadhafi et Gbagbo.

La Libye est un important pays d’Afrique du Nord qui possède non seulement de riches ressources pétrolières et minières, mais aussi une position stratégique importante. L’Afrique du Nord est la porte de la France vers ce continent.

La Côte d’Ivoire était une colonie française et maintient des relations spéciales avec la France sur les plans politique, militaire, économique et commercial. Paris y attache une importance particulière parce qu’elle joue un rôle non négligeable dans la zone francophone de l’Afrique occidentale. Selon un accord militaire franco-ivoirien, la France y dispose de bases militaires et ses forces stationnées dans ce pays ont atteint au maximum 5 400 hommes.

L’écartement du pouvoir des hommes politiques encombrants dans ces deux pays d’importance stratégique signifie que la France a balayé les obstacles à la réalisation de sa stratégie globale en Afrique.

La plupart des pays de la zone francophone en Afrique étaient des colonies françaises. Depuis leur indépendance, ils maintiennent des relations spéciales traditionnelles avec leur ancienne métropole. Depuis longtemps, la France considère l’Afrique comme son « arrière-cour ».

À la fin de la guerre froide, la conjoncture mondiale a complètement changé. Avec l’évolution de la situation en Afrique, la puissance globale de la France n’a cessé de se dégrader. Dans ces conditions, la France a modifié peu à peu sa stratégie sur ce continent. Cette modification, déjà amorcée sous Jacques Chirac, consiste à réduire l’intervention directe dans les affaires intérieures des pays africains, à changer son image de « gendarme de l’Afrique » et à développer des relations de partenariat.

Après son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy a approfondi cette modification en avançant un plan de réduction du nombre et de l’envergure des forces françaises stationnées en Afrique.

Actuellement, la France dispose de bases militaires au Gabon, au Tchad, à Djibouti, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Selon ce plan, les bases militaires en Côte d’Ivoire et au Sénégal seront supprimées et le nombre des forces stationnées outre-mer sera réduit de 2 000 environ. Par exemple, en Côte d’Ivoire, les forces françaises passeront de 2 000 à 900 soldats. De ce plan de modification, on a l’impression que la France est disposée à renoncer à son « interventionnisme » traditionnel.

Mais l’intervention actuelle de la France dans deux pays africains prouve que l’ingérence militaire reste toujours l’ultime choix et moyen du gouvernement français si ses intérêts stratégiques sont mis en cause.

Non seulement son ancienne colonie la Côte d’Ivoire, mais aussi la Libye, qui ne faisait pas partie de la sphère d’influence française, font l’objet de son intervention. Par rapport à l’ingérence française flagrante du passé dans les affaires intérieures des pays africains, le néo-interventionnisme de Sarkozy présente les trois caractéristiques suivantes :

Premièrement, la légitimité des opérations. La France participe aux opérations militaires au nom de l’ONU et s’efforce de légitimer ses opérations. Cela lui évitera de susciter l’aversion des pays riverains pour unilatéralisme de style américain.

Deuxièmement, défendre une position morale et accroître son influence internationale. La France participe à la guerre au nom de la protection des populations civiles. Si ses opérations sont couronnées de succès, elle sera vue comme une puissance courageuse et responsable. Sarkozy recherche justement un tel rôle et une telle influence internationale.

Troisièmement, brandir le drapeau de la « démocratisation ». La France participe à la guerre au nom du renversement de dictateurs. Promouvoir la démocratie en Afrique est toujours un principe essentiel adopté par la France à la fin de la guerre froide.

Kadhafi et Gbagbo sont considérés comme des dictateurs incontestés, et la résistance des opposants est donc une manifestation d’une volonté de démocratisation. On doit reconnaître que la demande française en faveur du départ de Kadhafi et de Gbagbo est assez séduisante.

Le néo-interventionnisme affublé du sceau des Nations unies et couvert du drapeau humanitaire pourrait être probablement un nouveau genre d’ingérence française dans les affaires des pays africains et nous fournit aussi un nouvel angle d’observation de la stratégie française envers l’Afrique.

Traduction d’un article en chinois rédigé par Shen Xiaoquan, maître de recherches au Centre d’étude des problèmes mondiaux de l’agence Xinhua.

french.china.org.cn 2011/04/27

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