4 avril au Sénégal: Wade honore la rébellion ivoirienne et menace la vieille révolution identitaire en Casamance…

Nous proposons de souligner ici et là les positions malavisées de deux chefs d’Etats du Sénégal par rapport à la situation en Côte d’Ivoire.

En effet, qu’est-ce qui fait de la rébellion de Guillaume Soro et Alassane Ouattara, un « mouvement social » plus digne d’être admiré plus que la rébellion menée par le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC)?

Mouvement qui s’est inspiré de l’histoire d’un peuple qui, de 1446 (la découverte d’Alvares Fernandes) à 1960, n’a jamais accepté la présence des puissances coloniales, esclavagistes à l’origine.

Pas plus qu’il n’a accepté de 1960 à nos jours, la continuité du système colonial avec la présence de chefs indigènes qui remplissaient jadis la basse besogne de leurs maîtres autoproclamés propriétaires du territoire casamançais. Lesquels possesseurs factices d’une « Dépendance » où leur présence n’était que tolérée, laissèrent un territoire jaloux de son indépendance aux mains d’une Brigade indigène (voir arrêté du 25 mai1907), qui n’était qu’une milice coloniale aux mains de populations allogènes.

C’est dans une telle situation que la Casamance, « Protectorat » dans l’AOF comme la Gambie l’a été par ailleurs par rapport à la Sierra-Léone, va se retrouver parce que sous la surveillance d’une administration basée au Sénégal par défaut de non-spécification de son statut, mêlée au Sénégal lors des pseudo-indépendances des pays de l’AOF.

Si de 1960 à 1980, il y eût un statu quo, c’est parce que Senghor a réussi à respecter l’identité (voir les archives culturelles/Fesman) de ce peuple et surtout à corrompre une élite gurmétisée ou islamisée.

Ce ne fut pas le cas d’Abdou Diouf, ce faux démocrate qui oublie comment il est arrivé au pouvoir et comment il s’y est maintenu grâce au caractère sacré qu’une bonne partie de l’élite locale a par rapport aux institutions sénégalaises. Ce sont des sages comme on pouvait en trouver naguère mais très rarerement aujourd’hui dans l’Etat-Nation Sénégalais malgré son incomplétude qui ont participé à confectionner un habit bien trop flatteur pour Abdou Diouf.

On se rappellera, qu’il fut un de ces présidents africains dont Amnesty International n’hésita pas d’indexer le régime en 1992, suite à des exactions multiples en Casamance. Dire que le criminel de guerre Alassane Ouattara a bien trouvé un bon maître, notre cher Abdou Diouf !

C’est en effet sous Abdou Diouf, que la question d’un MFDC mouvement armé a pris naissance. Alors que les populations casamançaises comme naguère s’étaient inspirées de la résistance pacifique en faisant une marche pour réclamer des droits dans la perspective de construire l’Etat-Nation inachevé où ils ont été obligés d’entrer, Abdou Diouf ne trouva pas d’autres moyens de dialogue que de donner l’ordre de mitrailler sur d’innocentes personnes. Abdoulaye Wade alors son opposant, n’hésita pas à faire de la politique politicienne avec ce drame.

Pourtant, les deux hommes apparaissent aujourd’hui comme deux copains qui ont la même vision des institutions républicaines, étant les principaux transgresseurs des lois ivoiriennes en soutenant la rébellion d’Alassane Ouattara.

Rappel historique assez intéressant quand on sait qu’Abdou Diouf a tout récemment demandé le départ de Laurent Gbagbo, tandis qu’Abdoulaye a reçu à plusieurs reprises, les rebelles et putschistes, Guillaume Soro et Alassane Ouattara dans son Palais au Sénégal.

Tout ceci ne peut que nous rendre perplexe quand nous entendons le même Abdoulaye Wade durant son discours du 3 avril, veille de la célébration de l’indépendance du Sénégal (4 avril) soutenir que :

« L’Etat continuera d’opposer avec vigueur ses prérogatives régaliennes de défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale parce que (sur ces principes) il n’y a pas de concession possible à faire. »

Avançons avec cet illogique principe de souveraineté nationale.
En effet, comment peut-on parler d’intégrité territoriale, avec l’existence d’un territoire qui s’appelle la Gambie à l’intérieur du Sénégal ? Dans quel traité peut-on lire que la Souveraineté nationale du Sénégal se confond avec celle de la Casamance ?

Pour faire court, Abdoulaye Wade dont on accuse de vouloir installer une monarchie au Sénégal, sait-il au moins que les traités signés par les différents peuples dans le « Protectorat » de la Casamance ne reconnaissent pas l’existence d’une souveraineté sénégalaise, mais bien française jamais respectée ?

D’ailleurs, quand Abdoulaye Wade et Abdou Diouf s’empressent de soutenir des rebelles en Côte d’Ivoire, ont-ils réfléchi au fait que le même scénario qui arrive à Gbagbo aurait pu se dérouler au Sénégal et qu’ils apparaissent comme les premiers à refuser la notion d’intégrité territoriale en Côte d’Ivoire ?

Voyons, de qui se moquent-ils ces deux (ex et actuel) présidents. Revenons à une séquence de l’histoire de leurs confrontations politiques pour faire ressortir une hypothèse semblable à ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Imaginons un seul instant qu’après 1993, Abdoulaye Wade s’était servi du MFDC pour conquérir le pouvoir ?
Hypothèse. Prenons Youba Sambou qui était devenu Ministre des Forces Armées pour nous servir de vraisemblable exemple de militant du MFDC. Ainsi, dans la contestation du pouvoir d’Abdou Diouf en 1993, avec l’armement qu’ils auraient acheté, ils réussissent à chasser l’armée sénégalaise de la Casamance.

Nos rebelles donc, trouveraient du soutien à Tambacounda, ils traverseraient Kaolack sans difficulté et arriveraient à Thiès où l’armée française qui aurait pour nom de mission en ce temps-là, « Le braconnier » s’interposa au nom de la paix. En réalité, l’armée sénégalaise se serait re-équipée en armes et serait arrivée à mettre en débandade le MFDC.

Mais, on ne saurait expliquer comment tout à coup, une armée professionnelle aurait pu se tromper et canarder les positions de l’armée française qui interviendrait, puis imposerait une table de négociations.

Nous irons donc vers des accords ailleurs, lesquels arriveraient à faire accepter Abdou Diouf l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Pour satisfaire le MFDC et autres Youba Sambou, on nommerait un Sereer Premier Ministre. Quelques années plus tard, d’autres accords et Youba Sambou deviendrait Premier Ministre dans la perspective d’organiser des élections démocratiques au Sénégal.

Bien sûr, Youba Sambou ne déposa pas les armes. Il travaillerait au sein de l’armée sénégalaise à faire adhérer tous les Casamançais à sa cause. Il aurait été question qu’il organisât des élections après dépôts des armes de son armée de rebelles, mais rien n’y fit.

Nous irions aux élections et un certain Abdoulaye Wade très proche de Youba Sambou affronterait Abdou Diouf au second tour, malgré des allégations de fraudes de Thiès en Casamance. Mais, on tua le poussin dans l’œuf.

Au second tour des élections, l’ONEL qui avait plus de représentants de l’opposition pro-Wade tarderait à proclamer les résultats à date échue. Le Conseil Constitutionnel entrerait en jeu finalement, selon les lois et les textes des différents accords.

Imaginons toujours que : l’ONEL ne respecterait pas les textes et des membres du parti d’Abdoulaye Wade voudraient proclamer les résultats. Mais des hommes d’Abdou Diouf s’y opposeraient et ce fut ce geste légitime que les télévisions internationales transformèrent en acte de violation de la démocratie.

Ce qui autoriserait donc aux diplomaties internationales d’exfiltrer le président de l’ONEL, membre par ailleurs du parti d’Abdoulaye Wade jusqu’au QG de ce dernier pour la proclamation de ses résultats ; résultats que l’ONU certifierait et qui firent de monsieur Abdoulaye Wade le président du Sénégal reconnu par la communauté internationale.

Nonobstant cette victoire internationale, la seule institution habilitée à déclarer qui était vainqueur reste le Conseil Constitutionnel qui proclamerait Abdou Diouf comme président du Sénégal.

De l’autre côté, Abdoulaye Wade choisirait Youba Sambou comme Premier Ministre et Ministres des Forces Armées du Sénégal. Youba Sambou, bien évidemment, aurait un certain Salif Sadio chef des armées rebelles, comme futur chef d’Etat major des armées sénégalaises. Un chef rebelle deviendrait le chef d’Etat major des armées sénégalaises ou plutôt, il y aurait une défection de généraux sénégalais qui rejoindraient le MFDC ?

Imaginons toujours que le grand problème, c’est que : Abdou Diouf demanderait le respect de la souveraineté du Sénégal et refuserait de quitter le pouvoir malgré les menaces de la communauté internationale.

Bref….

Au-delà de cette haute hypothèse sénégalaise qui s’inspire du contexte politique de 1993 pour comprendre la position de nos deux chefs d’États par rapport à la crise ivoirienne, nous avons des questions subsidiaires sur lesquelles les Sénégalais (Africains) devraient réfléchir :

Pourquoi donc Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont plongé le Sénégal dans la violence sous le prétexte de « Respect des Institutions » ? Abdou Diouf aurait-il quitté le pouvoir si la Communauté internationale s’était alignée derrière Wade malgré la décision du Conseil Constitutionnel qui venait de perdre deux illustres sages, l’un par démission, l’autre par assassinat ? Le même Abdou Diouf, aurait-il démissionner si le MFDC se serait allié à Abdoulaye Wade et aurait les mêmes ambitions que Guillaume Soro et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire qui ont transformées leurs rébellions en Forces Rebelles ou Républicaines de Côte d’Ivoire ?

C’est dire combien leurs positions sur la crise politique en Côte d’Ivoire sont irréfléchies.

Bien sûr, les Européens qui quittent la Côte d’Ivoire vont à Dakar où la famille Wade a beaucoup investi dans l’hôtellerie. Il est évident que la fameuse statue de la Liberté aura bientôt de nouveaux clients.

Conséquemment, nous savons aussi que le coût de la vie va augmenter de façon exponentielle pour le sénégalais moyen. Cette immigration de ré-investissement dont l’élite arriviste sénégalaise va bénéficier, aura pour conséquence l’éclosion de nouvelles formes de frustrations au sein du peuple sénégalais. Et c’est ce qui explique pourquoi, Abdoulaye Wade et son régime imagine le scénario d’un Coup d’Etat déjà.

Mais il oublie que la rébellion de la Côte d’Ivoire est née d’une tentative ratée de Coup d’Etat militaro-rebelle en 2002. Lequel Coup d’Etat est en train d’être perpétré une seconde fois par voie anticonstitutionnel. Or, le soutien inconditionnel qu’il apporte à ces rebelles de Côte d’Ivoire ne sera pas sans conséquences pour les Sénégalais. Il ne sert à rien donc de menacer le MFDC.

Le vent de la rébellion pro-coup d’Etat qu’il soutient en Côte d’Ivoire à travers une diplomatie racoleuse, risque d’arriver un jour ou l’autre au Sénégal sous forme de tempête. Lui, Abdoulaye Wade, a donc intérêt à être sage, qu’il laisse le salarié de la France, monsieur Abdou Diouf remplir sa fonction d’employé français.

Qu’il sache qu’il est temps de trouver une solution au problème de la Casamance et surtout en privilégiant la vérité plutôt que de proférer des menaces, signe de faiblesse. Et qu’il arrête de s’immiscer dans des rébellions étrangères au dépend des institutions nationales surtout quand il s’agit d’un pays frère comme la Côte d’Ivoire.

Publicités
Galerie | Cet article a été publié dans Senegambiana. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour 4 avril au Sénégal: Wade honore la rébellion ivoirienne et menace la vieille révolution identitaire en Casamance…

  1. Ping : Côte d’Ivoire : Gbagbo, Dictateur ? Mille fois NON !! | akan cHb

Les commentaires sont fermés.