Abdoulaye Wade, le nouveau « nervi noir » sur le continent africain

C’est plus que de la prostitution diplomatique, Abdoulaye Wade est devenu un déchet pour l’Afrique, un voyou souteneur de Paris et Washington qui a jeté l’IRAN son ancien allié aux oubliettes. Il est ainsi prêt à sacrifier Laurent Gbagbo, Mouamar Khadafi (et qui après ?)…, il est devenu l’ange de la mort en Afrique au nom des intérêts de ceux pour qui l’Afrique est une marchandise. Lisez…

Abdoulaye Wade: «Je n’ai pas d’héritier»
Mercredi 9 mars 2011, SlateAfrique a passé deux heures avec le président sénégalais Abdoulaye Wade à Paris, dans la résidence du Sénégal. Ce dernier venait de s’entretenir longuement au téléphone avec le colonel Kadhafi, à qui il a demandé d’arrêter les bombardements sur les civils. Très disert, il pense déjà à la campagne présidentielle de 2012.

SlateAfrique – Comment sortir la Libye de l’ornière?
Abdoulaye Wade – Le Sénégal fait partie des quinze premiers pays qui ont soutenu l’idée d’une convocation extraordinaire [des Nations Unies]. Maintenant Kadhafi nie, contre toute évidence, les violences. Quand un événement comme ça éclate quelque part, de quels moyens disposons-nous pour y porter une appréciation?

La presse et la télévision nous ont montré les images des bombardements, mais Kadhafi, lui, me dit que ce n’est pas vrai. Je lui ai demandé: «Alors ces gens ont fabriqué des images? Parce que c’est ce que nous avons vu, des avions qui bombardent des populations civiles».

Il veut qu’on dise à l’Union africaine que les médias racontent des histoires. Je lui ai répondu que ce n’était pas mon rôle, que je ne suis pas l’avocat de la Libye. Mais en tout état de cause, ces gens-là ne sont pas a priori contre la Libye. Si les médias s’expriment comme ils le font, c’est parce qu’ils ont la conviction que l’état libyen a engagé les grands moyens; des chars, des mitrailleuses, tout ça contre des populations désarmées.

Kadhafi prétend qu’en réalité, les manifestants font partie de petits groupes dormants d’al-Qaida, mais ça, ce n’est pas tellement mon problème. Ce que j’en pense, je lui ai dit. Affirmer qu’il n’y a pas de mécontentement, c’est nier l’évidence. Il y a du mécontentement dans tous les pays; l’Egypte, l’Algérie, et surtout la Tunisie —on a vu comment ça s’est terminé.

Ce qui est paradoxal, c’est que ces pays ont des milliards de dollars. J’ai demandé à Kadhafi: «Mais vous, qu’est-ce que vous allez faire de ces milliards-là, il faut les rapatrier en Afrique!» Il m’a répondu qu’il avait investi partout en Afrique. Je lui ai dit: «Partout peut-être, mais pas au Sénégal. Ici, il n’y a pas une école libyenne, pas une classe libyenne». Je lui ai dit que ce qu’il fallait faire, c’était investir dans les chemins de fer, dans les routes. Je lui ai reparlé de ma proposition de nous aider à construire le pont de Rosso, qui sépare la région Nord du reste du pays. Il m’a répondu: «Nous sommes en train d’étudier tout ça. C’est en projet». Je lui ai dit que de toute façon, je n’y croyais plus. Je n’y ai jamais cru et je n’y crois plus.

Pour en revenir à la Libye, il est clair que si l’on ne prend pas de mesures décisives, comme par exemple la sécurisation de l’espace aérien, il va continuer à employer les grands moyens.

SlateAfrique – Vous lui avez suggéré vous-même de proclamer un cessez-le-feu?
A.W. – Absolument. Il m’a demandé comment réagir si les manifestants continuent. Je lui ai dit d’attendre 24h, puis de prendre une décision à ce moment-là. J’ai ajouté: «Il vaut mieux discuter avec les gens qui se révoltent qu’essayer de les détruire». «Mais avec qui je peux discuter?» Je lui ai répondu que les gens qui se révoltent ont toujours un porte-parole. Lui pense qu’il s’agit de groupuscules. Mais ce n’est pas une raison, ce que je condamne ce sont surtout les violences contre les civils. On ne peut pas dire que les femmes qu’on a vues manifester font partie de réseaux terroristes, ça n’a pas de sens.

Je soutiens les mesures que prendra l’Union africaine, dont le Conseil de paix et de sécurité a fait son rapport, et qui se réunira encore demain [jeudi 10 mars 2011, ndlr]. C’est pourquoi j’ai suggéré à Jean Ping [homme politique gabonais, président de la commission de l’Union africaine depuis 2008, ndlr] l’envoi d’une commission d’enquête en Libye.
Je suis derrière l’Union africaine, mais ça ne m’empêche pas de m’exprimer librement.
La crise ivoirienne

SlateAfrique – Il y a un autre pays à problèmes, qui a été quelque peu occulté par les événements en Egypte et en Libye, et où l’Union africaine se trouve également au premier plan: la Côte d’Ivoire. Comment pensez-vous que ce pays peut sortir de l’impasse?
A.W. – Je crois qu’en Côte d’Ivoire il faut simplement constater que nous sommes entrés dans une phase de guerre. C’est déplorable, car je crois que personne ne cherche ça, mais il y a toujours des circonstances qui font qu’on se retrouve dans ce genre de situation. J’ai eu aujourd’hui au téléphone les gens d’Alassane Ouattara, comme Guillaume Soro, qui me disent que ses forces ont repris trois villes à l’ouest, et se dirigent certainement sur San Pedro et sur Yamoussoukro.

Les forces de Guillaume Soro contrôlent déjà 65% du territoire, et avec cette offensive, la bataille d’Abidjan est pour bientôt. Il y a déjà des manifestations dans la ville chaque jour. Donc pour la Côte d’Ivoire, c’est le rapport de force physique, militaire, qui va déterminer l’issue.

SlateAfrique – Est-ce qu’un gouvernement de cohabitation, comme on l’a vu au Kenya et au Zimbabwe, ne peut pas offrir une issue à la crise?
A.W. – On a dépassé ça. Parce qu’au sein d’un gouvernement de cohabitation, qui est vraiment président? Au Zimbabwe, il y a un président et un Premier ministre qui ne s’entendent pas. Je le sais d’autant plus que j’ai été chargé de la médiation là-bas. Tandis qu’en Côte d’Ivoire, il y a un président élu, et un président sortant qui ne veut pas sortir.

Gbgabo avait proposé à Ouattara d’être vice-président, de le soutenir pendant trois ans, et après… [grand éclat de rire du président Wade] et après il lui donnera le pouvoir. En réalité, il y a des dimensions subjectives. Gbagbo répète: «N’importe qui, sauf Alassane Ouattara!»; il n’arrive pas à comprendre qu’il puisse être remplacé par Alassane Ouattara, qui a été choisi par le peuple ivoirien. Donc la situation va se résoudre par des rapports de force.

SlateAfrique – Si la guerre civile est déclarée, est-ce que les partisans de Gbagbo ne risquent pas de s’attaquer aux populations d’origine étrangère?
A.W. – Ça dépend de Gbagbo, mais on ne peut pas l’exclure. Nous savons que les chefs d’Etat concernés se sont réunis à Abuja [capitale du Nigeria, ndlr]. Chacun a évoqué ses ressortissants. Les plus nombreux en Côte d’Ivoire sont les Burkinabè, viennent ensuite les Ghanéens, les Nigérians, les Maliens et les Sénégalais. Contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, il n’y a pas 700.000 Sénégalais à Abidjan. Il y en a 350.000 —du moins ceux qui sont identifiés. Le Mali a un million de ressortissants étrangers.

La Côte d’Ivoire en elle-même est un pays hospitalier, il faut le reconnaître. C’est le deuxième pays le plus hospitalier d’Afrique, le premier étant le Soudan. Il y a énormément d’étrangers là-bas, parce que tout Africain qui arrive au Soudan a le droit de prendre la nationalité au bout de 72 heures. La côte d’Ivoire est un pays qui compte au moins 40% d’étrangers. Maintenant, qu’ils s’attaquent aux étrangers, c’est possible.

Personne n’aime la violence, on est tous contre la violence, mais dans le cas de la Côte d’Ivoire, c’est inévitable. Parce que cette violence, elle ne vient pas de l’extérieur, elle vient des rapports internes entre le président et son opposition, entre des forces politiques. S’il y avait des interventions extérieures, on pourrait peut-être éviter cette confrontation. Mais pour l’instant, il n’y en a pas, sauf des forces qui viennent appuyer Gbagbo, des Angolais qui l’aident financièrement, et peut être militairement. Mais l’Occident veille à ce qu’il n’y ait pas d’apport extérieur, ni par voie aérienne, ni par voie maritime, d’où qu’il vienne, notamment de l’Angola.

SlateAfrique – N’avez-vous pas l’impression que le temps travaille pour Laurent Gbagbo? D’autant que l’Afrique du Sud semble changer de position pour se rapprocher de ce dernier.
A.W. – L’Afrique du Sud a toujours été du côté de Gbagbo, même à l’époque de Thabo Mbeki [le prédécesseur du président actuel Jacob Zuma, ndlr]. Mais elle ne peut rien faire. Car il ne faut pas oublier que la Côte d’Ivoire est en Afrique de l’Ouest. Et c’est nous qui déterminons la position de l’Afrique. Nous avons pris une résolution qui a été endossée par l’Union africaine, et par là même endossée par les Nations unies. Maintenant, évidemment, avec son poids l’Afrique du Sud peut faire des déclarations. Mais les Africains considèrent qu’ils sont mus par des considérations économiques plutôt que par des considérations politiques.

SlateAfrique – Au lendemain de l’élection, nombre de dirigeants africains ont fait des déclarations tonitruantes, notamment le Nigeria, qui s’est positionné en faveur d’une intervention militaire de la Cédéao.
A.W. – La Cédéao, c’est quinze pays; il ne faut pas isoler le Nigeria. Après, c’est vrai qu’ils ont tous soutenu cette position.

SlateAfrique – On a l’impression aujourd’hui qu’on ne parle plus tellement d’une intervention militaire de la Cédéao…
A.W. – En fait, il s’agissait plutôt d’un moyen de pression dans l’esprit de beaucoup de gens, et ça, Gbagbo l’a bien compris On ne l’avait pas envisagé sous l’angle d’un débarquement aérien ou maritime. Il ne s’agissait pas d’arriver en Côte d’Ivoire et de chasser Gbagbo, je pense que personne ne l’a imaginé comme ça.

SlateAfrique – Si la guerre civile arrive à Abidjan, est-ce qu’il ne faudra pas une intervention militaire pour éviter qu’il n’y ait trop de morts? Parce que s’ils se battent à l’arme lourde en plein cœur d’Abidjan, il risque d’y avoir des dégâts.
A.W. – Peut-être qu’à ce moment-là, il y a aura une intervention. Peut-être. Pour l’instant, il n’en est pas question. Ça, je vous affirme qu’il n’en est pas question. Ils ne peuvent pas faire une intervention sans que nous au Sénégal nous ne soyons au courant. A propos des révolutions arabes, on a beaucoup parlé d’un effet de contagion. On regarde l’Algérie, on regarde le Yémen.
L’impact des révolutions en Afrique subsaharienne

SlateAfrique – Est-ce qu’il y aura un impact à vos yeux dans l’Afrique subsaharienne? Y a-t-il une interaction quelconque envisageable ou bien est-ce que ce sont deux mondes?
A.W. – Objectivement, comme il y a des mécontentements dans tous les pays, plus ou moins virulents, il est clair que ces gens vont essayer d’utiliser ces exemples pour faire des manifestations, des mouvements de rue. Maintenant, est-ce que ça peut prendre ou pas, ça dépend de beaucoup d’autres ingrédients. S’il y a un mécontentement populaire profond, à ce moment-là tout s’enflamme. Mais, personnellement, je pense qu’il y a une très grande différence entre les pays arabes et les pays africains. Parce que les régimes arabes dont vous parlez, comme la Tunisie de Ben Ali, ce sont quand même des régimes arabes forts et qui sont des sortes de dictatures où il n’y a pas de respect des droits de l’homme, où il n’y a pas de liberté, où il n’y a pas d’alternance politique possible, ce qui n’est pas le cas maintenant en Afrique noire.

L’Afrique noire s’est ouverte à la démocratie, au pluripartisme, avec plusieurs partis politiques qui se battent avec le pouvoir selon des règles plus ou moins ouvertes. Tout cela fait la différence. Malgré tout, il y a des régimes démocratiques qui ne sont pas très loin de la dictature, où des hommes politiques peuvent trouver des moyens pour truquer une élection, ce n’est pas impossible. Donc je crois que l’exemple des pays arabes n’est pas un cas d’école valable pour l’Afrique même si ce n’est pas à écarter. Je pense qu’il y a une très faible probabilité pour que ça se déroule en Afrique au Sud du Sahara.
La prochaine présidentielle au Sénégal

SlateAfrique – Martine Aubry aurait dit que ce n’était pas forcément une bonne idée que vous vous présentiez pour un nouveau mandat.
A.W. – Elle n’a jamais dit ça. Les médias racontent n’importe quoi. Ecoutez l’enregistrement, vous constaterez qu’elle n’a pas dit ça du tout. Ce sont les journalistes qui ont voulu la pousser en lui posant la question six ou sept fois. Martine Aubry a dit: «Je ne veux pas intervenir dans les affaires intérieures sénégalaises, mais, d’après ce que l’on m’a expliqué et l’article de la Constitution que l’on m’a montré, il ne peut pas se représenter.» Elle n’a pas dit: «Il ne doit pas se représenter.» J’ai écouté l’enregistrement, c’est pourquoi je l’ai reçue. Très amicalement avec quelques collaborateurs et nous avons déjeuné. A la fin du repas, elle m’a demandé si elle pouvait me poser une question: «Vous pouvez vous présenter?». J’ai répondu «oui» et elle m’a demandé de lui expliquer.

L’article 27 de la Constitution du Sénégal stipule que «la durée du mandat du président est de sept ans, il n’est renouvelable qu’une seule fois». C’est l’alinéa 1, mais cet article a été modifié plusieurs fois. Moi j’ai été élu en 2000 sur la base de la Constitution de 1963. Donc une très vieille Constitution qui avait établi des dispositions de cette nature. Quand j’étais dans l’opposition, j’avais décidé de ramener le mandat à cinq ans. Mais, une fois élu, je me suis rendu compte que cinq ans en Afrique c’est trop peu. Parce qu’en cinq ans personne ne peut réaliser des choses suffisantes pour convaincre les populations, c’est impossible. Après les élections, peut-être que le pouvoir a un an et demi pour retrouver ses marques, pour commencer à envisager ses projets. Et un an et demi avant les élections, c’est déjà la campagne électorale. Quand est-ce que le gouvernement va avoir le temps de faire les réalisations pour présenter un bilan? Alors je me suis dit que c’était un mauvais cadeau que j’allais laisser à mon successeur, c’est-à-dire une source d’instabilité.

J’avais ramené moi-même le mandat de sept ans à cinq ans puis j’ai engagé une procédure plus tard pour ramener le mandat de cinq ans à sept ans. J’ai expliqué à Madame Aubry qu’il y a trois thèses, trois positions sur cette question, et dans chacune vous avez au moins deux professeurs agrégés de droit constitutionnel. La première thèse dit que le président Wade ne peut pas se présenter du tout. A la lecture de l’article 27. Il a déjà fait un mandat de sept ans. La modification que j’avais apportée c’est après avoir été élu pour sept ans. En 2007, mon premier mandat terminé, j’ai été élu pour cinq ans. Se pose le problème de la non rétroactivité car cette disposition a été prise en 2008. Selon la deuxième thèse, la loi est d’application immédiate. Le mandat en cours, il faut le prendre en considération. Les tenants de cette thèse considèrent que le président Wade peut se représenter, car il n’a pas effectué deux mandats de sept ans. La troisième thèse dit que les lois sont faites pour le futur. La nouvelle loi doit commencer à la première élection qui suit cette décision, à savoir l’élection de 2012. Il a donc deux mandats derrière lui.

Martine Aubry m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai répondu: «Je laisse la justice se prononcer sur cette question, tout est très clair. C’est au conseil constitutionnel de déclarer les candidatures recevables ou non recevables.» Mais je vous signale qu’il y a actuellement une proposition de loi pour interpréter l’article 27 et qui demande aux députés: est-ce que ça s’applique au passé ou est-ce que ça s’applique à partir de 2012? J’ai une majorité à l’Assemblée nationale, mais cette proposition de loi je vais la retirer. Je vais m’en référer plutôt à la décision du conseil constitutionnel.
Une nouvelle candidature Abdoulaye Wade

SlateAfrique – On peut dire que vous êtes d’ores et déjà candidat?
A.W. – Oui, mais je n’ai pas encore commencé ma campagne.

SlateAfrique – Quels sont les points sur lesquels vous souhaitez mettre l’accent?
A.W. – Mes réalisations. Je veux terminer mon programme, celui que j’ai élaboré en 1999, à Paris, pour la campagne des élections de 2000. Certaines sont terminées et d’autres sont encore en cours, comme l’achèvement de l’aéroport de Dakar: le plus grand aéroport d’Afrique, qui devait être inauguré en avril mais qui le sera en décembre.

Il y a le chemin de fer Dakar-Bamako qui date de 1886. Personne dans les gouvernements précédents n’a essayé de s’attaquer à cette question. Moi je veux m’y lancer et je suis en discussion avec la Chine, avec le Mali pour construire ce tronçon de Dakar à Bamako [capitale du Mali, ndlr]. L’Union africaine m’a confié la réalisation du chemin de fer de Dakar à Djibouti et de Djibouti à Libreville [capitale du Gabon]. Cela fait partie de mon portefeuille en tant que coordinateur des infrastructures. Je ne pourrai pas tout réaliser, mais je commencerai par le Dakar-Bamako avant de quitter le pouvoir, car les études sont pratiquement terminées.

J’ai aussi la réalisation d’un certain nombre de ponts vitaux pour le Sénégal: je viens de terminer un pont dans la région de Tambacounda, j’ai fait deux ou trois ponts dans le nord, j’ai terminé le fameux pont de Saint-Louis, que l’on appelait le pont Faidherbe. Je dois aller l’inaugurer. J’ai lancé un projet de sept grandes œuvres culturelles. Un premier élément c’est la gare de Dakar construite en 1909.

SlateAfrique – Les Sénégalais manifestent contre les coupures d’électricité à répétition. Comment améliorer la situation?
A.W. – Nous sommes toujours dans la situation d’un médecin: on a fait une cautère sur une jambe de bois pendant des années, le Sénégal n’ayant pas de pétrole. Le régime précédent a acheté des centrales d’occasion. Elles dépensaient 30% de plus parce qu’elles n’étaient pas entretenues. Nous avons trouvé les usines avec du matériel que l’on n’osait pas toucher de peur qu’il nous éclate dans les mains. Nous avons fait un programme en trois étapes pour éviter les délestages [coupures de courant, ndlr]. Première solution onéreuse, donc provisoire: on va louer des centrales pour une capacité de 150 mégawatts. Pour le moyen terme, nous avons signé avec certaines compagnies des contrats d’affermage. Pour le long terme, nous avons un programme de renouvellement des équipements. Avant la fin de l’année, les délestages seront derrière nous.
Il y a même des manifestations qui sont prévues aujourd’hui parce que le Sénégalais supporte tout sauf le délestage. Nous n’avons pas de pétrole, mais le Sénégalais est exigeant. Trop exigeant. L’autre jour, je me trouvais au Nigeria lorsque brusquement il y a eu une panne d’électricité. Parfois au Nigeria, grand pays producteur de pétrole, ils restent huit jours sans électricité. Au Sénégal, au bout de cinq minutes de délestage, les gens sont dehors. Ils sont d’une grande intolérance. Cela a été judicieusement exploité par l’opposition. Si j’avais du pétrole comme Kadhafi, on comprendrait. Nous le pétrole, on est obligé de l’acheter. Les populations s’en moquent de savoir combien ça coûte, ce qu’elles veulent, c’est de l’énergie. On gère les mécontentements, mais je pense qu’à partir de juillet cela devrait aller mieux. Ça c’est notre talon d’Achille.

SlateAfrique – Comment vous jugez votre opposition? Est-ce que vous discernez dans l’opposition des gens intéressants?
A.W. – Non. L’opposition, ce sont mes contemporains qui étaient dans le parti de Senghor. Et comme j’ai battu le Parti socialiste, ils sont partis renforcer l’opposition. Ils doivent considérer comme nous que notre vie politique est derrière nous. C’est ça la tragédie de l’opposition. On reproche au président Wade de n’avoir pas d’héritier, mais les partis d’opposition n’ont pas d’héritier. Nous n’avons pas du tout la même conception du pouvoir. Aussitôt que j’ai gagné, ils ont voulu m’imposer un pouvoir collégial. Je suis un président, comme un chef, comme le chef de l’Etat français. Je voulais que chacun soit à sa place. Car ma vie d’étudiant m’a montré que dans les mouvements de gauche, c’est toujours la bagarre au sommet. Cette démocratie-là, elle est paralysante.

SlateAfrique – Certains opposants disent que votre héritier, c’est votre fils.
A.W. – Ils le disent, mais je n’ai pas d’héritier. Je n’ai jamais dit que mon fils devait me remplacer, ça c’est une invention des mauvaises langues. Personne ne met en cause sa compétence, il est banquier, il est financier, mais si je lui ai confié le brûlot de l’énergie [il est ministre d’Etat chargé de l’Energie, ndlr], c’est parce que je sais qu’il peut réussir et qu’il doit réussir. Si je voulais qu’il me remplace, je lui aurais confié des ministères plus faciles, comme la finance ou l’économie ou la diplomatie, mais je ne l’ai pas fait.

Je ne sais pas comment sont formatés les cerveaux des dirigeants de l’opposition. Ils ont présenté un projet de loi qui stipule que ne peuvent pas se présenter à la présidentielle les parents et alliés, les descendants jusqu’au septième degré. De quelle malédiction sont atteints les fils de chef d’Etat? Tous les fils de chef d’Etat ne sont pas des incompétents. Un fils de chef d’Etat est un citoyen comme un autre. Suis-je plus bête que Bush père ou Bongo père? Si j’avais voulu installer mon fils, j’aurais pu le faire. Quand je vous dis qu’il est là pour travailler et non pas pour me remplacer, il n’y a pas de raison pour que vous ne puissiez pas me croire. Moi, je ne serai plus au pouvoir au moment où mon successeur sera élu. Je ne vais pas organiser moi-même l’élection de mon successeur.

Propos recueillis par Jean-Marie Colombani et Pierre Cherruau

Publicités
Galerie | Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.