Argument ad hominem : En disant non au Conseil Constitutionnel Ivoirien, Abdou Diouf cautionne la Loi Ezzan

Le 17 février 2005 sous le régime d’Abdoulaye Wade président du Sénégal, la « Loi Ezzan » tendant à amnistier tous les crimes politiques relatifs à des élections et commis entre 1993 et 2004 fut promulguée par ledit chef d’Etat.

A son accession au pouvoir et dès l’année 2002, le président du Sénégal, Monsieur Abdoulaye Wade prit d’abord la décision de gracier des prisonniers accusés d’avoir abattu le Vice-Président du Conseil Constitutionnel en 1993. La « Loi Ezzan » prend compte de ce crime politique lié aux élections au Sénégal. C’est une loi essentiellement liée au parcours politique de l’opposant et homme politique Abdoulaye Wade devenu président de la République du Sénégal.

Pour accéder au pouvoir, l’éternel opposant avait imaginé toutes les combines possibles. Contestation des résultats électoraux comme ceux de 1988 qui ont été suivis de violences postélectorales. On allait atteindre le summum en 1993, quand les élections présidentielles furent endeuillées avec l’assassinat du Vice-président du conseil constitutionnel, Me Babacar SEYE.

Le régime d’alors dirigé par Abdou Diouf – actuel Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie – n’hésita pas à accuser Abdoulaye Wade comme étant le commanditaire de cet assassinat.

Une longue crise postélectorale s’en suivit sans jamais être internationalisée. En 1994, Abdoulaye Wade allait s’allier avec les disciples d’un mouvement religieux local. Une marche organisée par cette opposition politico-religieuse dans le centre-ville de Dakar causa la mort d’agents des forces de l’ordre en mission.

Ils avaient été froidement assassinés par des fanatiques politico-religieux pro-Abdoulaye Wade qui marchaient résolument vers le « palais présidentiel colonial » symbole de l’immobilisme de la mentalité des « élites mercenaires » dont le cas nous intéresse ici et où résidait le président Abdou Diouf.

Abdoulaye Wade à la quête du pouvoir suprême allait faire de la violence politique une passion avec de malsaines intentions telles que l’utilisation des armes pour y accéder. Il trouvait même dans la rébellion en Casamance dont l’histoire est plus complexe qu’on ne le croit, un outil de clientélisme politique qui lui servirait à assouvir son ivresse de commandement.

Certes, l’opposant Abdoulaye Wade ne matérialisa jamais ses désirs faute de moyens. Mais en devenant président du Sénégal à la suite d’une alternance démocratique en 2000, il transforma ses vieux souvenirs en arme diplomatique pour soutenir tous ceux qui accédaient au pouvoir par la force.

De la Mauritanie à la Côte d’Ivoire, le président du Sénégal n’a jamais manqué l’occasion d’apporter son soutien aux différentes juntes militaires et hordes rebelles qui accédèrent à quelques niveaux d’emprise politique que ce soit dans la sous-région.

Abdoulaye Wade est ainsi le soutien inconditionnel des rébellions en cours (allant jusqu’à créer des factions de rebelles au Sénégal qui assassinent et sèment la terreur en Gambie- Casamance – Guinée Bissau), à l’image de celle des Forces Nouvelles de Guillaume Soro et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire.

Abdoulaye Wade est, cela se savait déjà, un des premiers à soutenir la rébellion en Côte d’Ivoire; le premier chef d’Etat de la sous-région à accueillir au Sénégal Alassane Ouattara et Guillaume Soro à plusieurs reprises.

Qu’Abdoulaye Wade soit un adepte du libéralisme sauvage prêt à vendre le Sénégal et le petit peu de ressources qu’on y trouve cela n’étonne personne. Comme cela n’étonne personne qu’il soit du côté de la rébellion ivoirienne qui veut installer une continuité houphouétiste, c’est-à-dire un « Etat-Client » de la FrançAfrique en Côte d’Ivoire. Cependant, nous ne saurons clore le cas présent de la position du Sénégal par rapport à la crise ivoirienne sans nous pencher sur la surprenante position de monsieur Abdou Diouf, ancien président du Sénégal.

En effet, le président Diouf a-t-il la mémoire courte au point d’oublier que ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire s’était manifesté à plusieurs reprises au Sénégal sous son régime?

Car s’il suffisait juste de se faire proclamer président d’une république africaine par son propre parti politique et autres communautés internationales sans qu’une cour constitutionnelle joue le rôle de garant, Abdoulaye Wade aurait pu être reconnu vainqueur des élections présidentielles au Sénégal depuis 1988.

Chaque élection depuis l’arrivée d’Abdou Diouf au pouvoir était suivie d’une crise postélectorale animée par le camp d’Abdoulaye Wade qui détenait toujours ses « vraies » chiffres qui offraient la preuve de la défaite d’Abdou Diouf.

Abdou Diouf qui fut l’un des premiers à accepter l’institution de commission électorale indépendante à l’image de l’ONEL (Observatoire NATIONAL des Elections) qui a été amélioré et rendu plus indépendante, pouvait-il accepter que cet organisme proclame les résultats à la place de la Cour Constitutionnelle du Sénégal ?

J’ose dire NON.

Comme il n’aurait jamais autorisé qu’une communauté internationale vienne faire sa loi au Sénégal, le cas de la Casamance en est la preuve éclatante. Et parce qu’au Sénégal on a toujours respecté les institutions de la République.

Aussi mauvaises qu’elles soient, aussi mauvais que soit le Conseil Constitutionnel (copie française qui a longtemps servi et servira encore en Afrique), ses décisions ont toujours prévalu au Sénégal.

Nonobstant, je dois concéder qu’il existe aussi des gens qui n’ont aucun respect pour les institutions républicaines tant qu’elles ne leur servent pas. C’est le cas certainement d’Abdoulaye Wade qu’on accusa d’être complice dans la mort d’un Vice-président du Conseil Constitutionnel.

Et c’est aussi le cas d’Alassane Ouattara très sévère en 1992 quand il reconnaissait que « Force reste à la loi et aux institutions ivoiriennes » quand il fallait mettre Laurent Gbagbo en prison suite à une manifestation publique. Et voici qu’aujourd’hui, c’est le même Ouattara que la communauté internationale veut nous offrir comme président au détriment des « MEMES INSTITUTIONS IVOIRIENNES ».

En vérité, c’est l’histoire qui se répète car on n’oubliera pas que ce fut le cas il n’y a pas si longtemps en Amérique du Sud, en Indochine, en Afghanistan… et en Afrique encore quand les puissances occidentales venaient « extirper » (comme le dit si bien Alassane Ouattara, « cela s’est passé ailleurs » et merci pour la révélation ) les présidents élus par les indigènes pour « implanter » des présidents choisis !

Quand Abdou Diouf choisit donc le camp d’Alassane Ouattara qui a été proclamé dans son propre siège de Campagne vainqueur des élections présidentielles de la Côte d’Ivoire par une commission électorale indépendante (ONEL, CENI…);

Quand, malgré le fait que le conseil constitutionnel ivoirien ait invalidé certains résultats et proclama Laurent Gbagbo vainqueur, Abdou Diouf s’aligne du côté de la CEI et donc de la communauté internationale ;

Nous avons senti que nous avions été trompés depuis toutes ces années et qu’en réalité Abdou Diouf avait une certaine responsabilité dans la mort de Me Sèye et que le seul fait de s’aligner derrière Wade pour contester la position du CONSEIL CONSTITUTIONNEL de la Côte d’Ivoire était la preuve que Me Sèye méritait sa mort pour avoir accordé la victoire à Abdou Diouf en 1993…

Avec Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, nous disons en chœur, vive la loi Ezzan qui a gracié tous ceux que le régime d’Abdou Diouf avait mis en prison à l’époque, vive l’éternel job « de tirailleur sénégalais » qu’Abdou Diouf est en train de remplir…

Bandes de « mercenaires en cravates », continuez à vendre l’Afrique en implantant des régimes clients à l’image de celui d’Alassane Ouattara. Mais ne nous prenez pas pour des imbéciles !

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