L’Afrique de l’Ouest va-t-elle enfin s’affranchir ?

C’est une question qui nous amène à nous pencher sur la crise ivoirienne. Dans notre propos nous allons essayer de voir si la situation en Afrique du Nord peut éventuellement servir de leçons à ces présidents qui au départ s’étaient alignés derrière la communauté internationale et qui comment à comprendre que la même institution qui se veut détenir la panacée aux problèmes de l’Afrique est loin de comprendre les sociétés africaines et qu’elle navigue à vue en s’inspirant du blabla mensonger de pseudos spécialistes du continent ?

En parlant donc de la Côte d’Ivoire, nous voudrions faire un survol sur la carrière politique de Gbagbo dans un pays qui est resté très longtemps attaché à la politique française en Afrique. Et surtout de l’évolution des élites politiques formées dans le parti unique d’Houphouët Boigny lesquelles pour défendre leurs intérêts ont voulu perpétuer la FrançAfrique. Les péripéties de la Côte d’Ivoire pourrait donc se résumer au fait qu’il existe des politiques qui n’ont pas encore compris que poursuivre les vieilles logiques coloniales risque de perdre le continent Africain comme la nouvelle trouvaille de l’Union pour la Méditerranée est en train de perdre les présidents des pays de l’Afrique du Nord. D’où la nécessité de critiquer les élites africaines qui n’ont pas encore pris le temps d’étudier réellement la dialectique historique de l’évolution de leurs sociétés, se cantonnant à faire du suivisme derrière la communauté internationale.

Laurent Gbagbo face aux avatars de la colonisation ?

L’image que l’occident nous donne de Gbagbo mérite largement d’être nuancée. Et pour cela, il nous faut connaitre qui sont ses opposants en Côte d’Ivoire afin de tirer les leçons de cette crise ivoirienne.

Malheureusement, ce qui se passe dans le Maghreb inquiète plus nos présidents ouest-africains qui devraient commencer à se dire que les conseils que Sarkozy président de l’Union pour la Méditerranée leur promulgue risque d’avoir les mêmes conséquences. Il faut dire que nos voisins du Nord n’ont jamais envisagé l’Afrique au Sud du Sahara comme partenaire égal. Ils ont inintelligemment cru qu’ils sont plus proches de l’Europe sur tous les plans. Nous allons donc les laisser dans leur fierté ; l’avenir nous dira si la Méditerranée peut se faire sans l’Afrique.

Pour autant, il reste vrai que le Maghreb comme la Côte d’Ivoire paient les erreurs d’une politique qui a toujours cherché à satisfaire des exigences venues d’ailleurs. Ainsi, en Côte d’Ivoire, il nous semble que ce sont les conséquences de l’héritage d’Houphouët Boigny qui a pendant longtemps vécu sous le parti unique avec la garantie de la puissance. D’où la nécessité de s’arrêter sur l’histoire immédiate de l’après Houphouët Boigny.

Contrairement aux analyses des dilettantes qui reviennent encore sur l’éternelle question ethnique sur le continent. Il est essentiel de souligner que dans plusieurs régions africaines, l’accession au pouvoir n’est plus une question ethnique. Et dans le cas précis de la Côte d’Ivoire, il n’est pas besoin de s’attarder sur ce paramètre qui se rapproche trop de l’approximation. Nous croyons qu’il faut insister sur le fait que Houphouët Boigny a laissé une situation explosive en Côte d’Ivoire après avoir régné sans partage.

En effet, le premier président de la Côte d’Ivoire a gouverné dans l’esprit du parti unique où a éclos de potentiels leaders qui avaient forcément la même conception que lui de la démocratie. Houphouët Boigny a fait pousser dans son parti une pépinière de futurs dauphins qui lui vouaient un certain culte. Ainsi, la politique en Côte d’Ivoire était une science où la folie de beaucoup était au service du fameux « vieux sage ». Et parmi ses loyaux serviteurs nous connaissons les nommés Henri C. Bédié et Alassane Ouattara dont le différend allait faire ressortir la notion d’ivoirité née à une époque où on parlait d’Unité Africaine.

Houphouët Boigny et ses serviteurs Alassane Ouattara et autres Henry C. Bédié, n’ont jamais toléré l’existence d’une opposition à leur gestion sans partage. Laurent Gbagbo en sait quelque, lui qui va à partir des années 2000 mettre fin à la lutte intestine au sein du parti d’Houphouët Boigny. Mais il restait toujours un opposant à leurs yeux, le troisième larron à qui on allait mener la vie dure pendant dix ans. Il fut ainsi tour à tour obligé de partager le pouvoir et à laisser même ses ennemis organiser les élections de 2010.

Ainsi, après dix ans, nous sommes toujours devant l’équation de l’héritage d’Houphouët. Car ironiquement, les frères-ennemis houphouétistes se sont encore réunis pour combattre à tout prix l’opposant de toujours Laurent Gbagbo et cela avec l’aide de leur ancien employeur, la France.

Houphouët Boigny et les employés de la FrançAfrique

On ne saurait mieux saisir le statut d’Houphouët Boigny comme employé de la France qu’en prenant en compte le fait que la Côte d’Ivoire est le seul pays d’Afrique qui peut compter sur l’armée française pour sa sécurité. On ne le dit pas très souvent, c’est aussi grâce à la France qu’on a un semblant d’harmonie politique en Côte d’Ivoire sous Houphouët Boigny. Et ce fut là une grave erreur dans l’évolution politique de la Côte d’Ivoire où il n’a jamais été question de démocratie contrairement à ce que l’on a vu au Sénégal.

On pourrait facilement comparer les parcours politiques du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Léopold Sédar Senghor par exemple a formé des hommes pour son éventuel départ du pouvoir. Alors qu’Houphouët Boigny est resté en despote qui a su terroriser ses élites qui cherchaient à ouvrir les yeux des « Ivoiriens ». On avait l’impression que son parti et lui étaient juste là pour défendre leurs intérêts et les intérêts de la France. Et à plusieurs reprises, il a fait appel à la France et à son armée symbole de la colonisation, que ce soit pour mâter les mouvements de sécession dans les années 60 ou pour couvrir son penchant anti-démocratique en étouffant toute idéologie contraire à sa vision des choses.

C’est par peur de la démocratie qu’Houphouët Boigny n’a jamais fait confiance en son armée. La Côte d’Ivoire était ainsi dépendante. Et l’on comprend mieux cette dépendance à la France en revenant sur les événements de 2004. C’est un certain paternalisme élevé au paroxysme qui justifia l’humiliation faite par l’Armée française à la Côte d’ivoire. Une situation révélatrice qui peut justifier certainement l’anecdote du mépris de Michèle Alliot-Marie, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et européennes qu’en elle s’intéressa du soulèvement populaire en Tunisie qui fit la chute de Ben Ali. Ainsi, le synchronisme actuel entre les crises ivoirienne et tunisienne  la fit confondre les deux événements en proposant le savoir-faire français à la police tunisienne pour régler les situations sécuritaires. La ministre se croyait certainement encore Ministre de la Défense de la « Côte d’Ivoire », position qu’elle occupa en France en 2004.

Et pourtant, la France avait fermé les yeux devant les ambitions de Henri Konan Bédié, elle ferma les yeux quand Alassane Ouattara et Guillaume Soro entrèrent en rébellion. Elle fermera les yeux aussi longtemps que les héritiers d’Houphouët promettront de sauvegarder ses avantages en Côte d’Ivoire.

Aucun président ouest africain des indépendances n’était plus loyal à la France qu’Houphouët Boigny, pas même Senghor qu’on accuse à tort. La preuve en est qu’à la mort des deux hommes, la France politique se rendit en Côte d’Ivoire (François Mitterrand, Valéry Giscard D’Estaing, Jacques Chirac pour ne citer qu’eux) alors qu’elle fut absente aux obsèques de Senghor au Sénégal.

Mais là où Senghor a su bâtir un exemple de peuple souverain au Sénégal, Houphouët Boigny a laissé aux ivoiriens des héritiers qui avaient soifs du pouvoir : Alassane Ouattara et Henri C. Bédié.

Le testament ensanglanté d’Houphouët : historique

Les premiers fautifs de la crise ivoirienne sont Henri Bédié et Alassane. Car, c’est depuis qu’ils ont essayé de prendre la tête du parti d’Houphouët Boigny que les problèmes du pays se sont aggravés.

Président de l’Assemblée nationale ivoirienne depuis les années 1980, Henri Bédié est devenu président de la Côte d’Ivoire par intérim jusqu’en 1995. Le désir de garder le pouvoir le poussa à faire ressortir le concept d’ivoirité, selon lequel une personne serait ivoirienne à partir du moment qu’elle prouverait son Ivoirité à quatre générations. Cette vieille trouvaille permettait alors d’écarter un adversaire Alassane Ouattara dans un pays qui n’a jamais cessé d’accueillir des communautés étrangères.

Aux élections de 1995 auxquelles il s’était présenté, Bédié fut tout bonnement plébiscité alors qu’une bonne partie de l’opposition à l’image de Laurent Gbagbo les a boycottées. En effet, à l’époque Gbagbo et Ouattara étaient unis au nom de la démocratie. C’est finalement un Coup d’Etat militaire en 1999, signe de la revanche de l’Armée ivoirienne longtemps reléguée au second plan qui allait pousser Bédié à se refugier en France. Le nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire était alors un certain général Robert Guéi.

Qui était Robert Guéi, sinon un militaire très politique qui avait joué un rôle clef de police en 1991. Il était en effet celui qui réprima les révoltes étudiantes soutenues par un opposant politique, le nommé Laurent Gbagbo. A l’époque, le chef du Gouvernement de Côte d’Ivoire n’était autre qu’Alassane Ouattara. C’était son gouvernement qui fit de Robert Guéi le chef d’Etat major des Forces armées de Côte d’Ivoire. Et c’était ce même Robert Guéi qui allait procéder à l’arrestation de l’opposant Laurent Gbagbo en 1992.

Vu comme trop proche d’Alassane Ouattara l’ancien chef du gouvernement qui a fait son ascension, Henri Konan Bédié n’hésita pas à s’en débarrasser en 1995. Il sera néanmoins invité dans l’Etat ivoirien sous Bédié en 1996 avant d’y être limogé en 1997 soupçonné de fomenter un coup- d’état. Quand celui-ci survint en 1999, c’est Guéi qu’on retrouva à la tête du pays comme chef d’un Conseil national de Salut public.

Dans l’attente de l’organisation d’élections libres, Guéi forma un gouvernement avec la classe politique ivoirienne. Mais le syndrome du pouvoir va l’atteindre. Car il se retrouvait candidat à sa propre succession sans même avoir changé les règles du jeu constitutionnelles échafaudées de toute pièce pour écarter Alassane Ouattara de la course à la présidence. Le Coup- d’état donc  qui fit partir Bédié ne servit à rien. Le Général président Guéi se fit battre par Laurent Gbagbo, l’éternel opposant. Son refus de quitter le pouvoir, allait pousser les ivoiriens dans la rue pour défendre leurs choix politiques. Guéi finira par s’enfuir.

Il est néanmoins invité en 2001 sous Laurent Gbagbo pour le forum de réconciliation nationale d’un pays que les luttes intestines des héritiers d’Houphouët ont mis à genoux. Mais Guéi va créer son propre parti politique. En 2002, alors que se réveillait une rébellion pro-Alassane Ouattara qui avait désormais choisi de prendre son destin politique en main, Guéi, le Général promu par l’ancien premier ministre allait être la première personnalité politique à en pâtir.

Cette rébellion menée par un certain Guillaume Soro, allait réussir à faire de Laurent Gbagbo un simple président de la République obligé à partager le pouvoir avec des rebelles. Guillaume Soro proche d’Alassane Ouattara entra dans le premier un gouvernement d’union nationale en 2004, après que Laurent Gbagbo sans moyens militaires (voir plus haut) fut obligé de négocier avec les Forces Nouvelles. Guillaume Soro, allait finir Premier Ministre en 2007. Il lui revenait alors la responsabilité d’organiser les élections présidentielles de 2010.

Au lendemain de ces élections où les anciens héritiers ennemis d’Houphouët Boigny se sont retrouvés au second tour pour battre campagne contre Laurent Gbagbo, Guillaume Soro qui assure qu’après avoir organisé celles-ci, il est mieux placé pour savoir qui a gagné, devient le Premier Ministre, ministre des « Forces « Nouvelles » Armées » dont Alassane Ouattara  « Président de la  République Internationale de Côte d’Ivoire» est le chef suprême.

Bien évidemment, Ouattara peu toujours compter sur les forces françaises et désormais l’ONUCI, la troisième présidence ivoirienne pour défendre son camp. Il est indéniable que plus que Gbagbo, il est le parfait exemple de l’employé colonial. On sait désormais que sa conversion en rebelle est en partie soutenue par la France politique qui ne cesse de manifester publiquement le départ de Laurent Gbagbo.

Le comble dans ce désir aux élans coloniaux, c’est le fait que des présidents de l’Afrique de l’Ouest s’aligne derrière la position de la communauté internationale pour réclamer le départ de Laurent Gbagbo alors que les Ivoiriens ont les moyens de faire partir n’importe quel homme politique qui voudrait leur voler leur victoire. Les chefs d’états de la CEDEAO sont redevenus des forces dociles comme il en faudra toujours pour gagner les guerres impérialistes jadis, « mondialisationnistes » aujourd’hui.

Sarkozy « l’affreucain » et ses « Tirailleurs Sénégalais »

Ils sont nombreux les gens mal inspirés et assez obstinés dans leurs réflexions qui veulent imposer aux ivoiriens une république de parti pris et qui nous parlent de l’existence d’un pavillon de terreur symbolisé par Laurent Gbagbo. L’idéalisme le plus hypocrite s’est ainsi emparé de la crise ivoirienne, oubliant ce qui se passa en 2000.

Ici où là, alors qu’il faut dire haut et fort qu’on est contre l’utilisation de la force en Côte d’Ivoire (une manière d’être neutre quelque part ) ; alors qu’il faut reconnaître que jamais Laurent Gbagbo n’a réellement géré la Côte d’Ivoire ; alors que même les rumeurs invraisemblables (se) sont confirmées,  que le chef rebelle Guillaume Soro est un bras droit d’Alassane Ouattara; malgré tous ces ingrédients dans un parcours politique atypique, une pétition circule dont les signataires en appellent « au sens de l’histoire et à l’esprit démocratique de M. Laurent Gbagbo… » qui devrait donc quitter le pouvoir.

Quand est-ce que les Ivoiriens ont besoin de ces intellectuels pour leur dire qui doit rester au pouvoir ? Demandons-nous par ailleurs si les Tunisiens ont attendu que la communauté internationale qui a protégé Ben Ali jusqu’aux derniers instants qu’on leur dise ce qu’ils devaient faire ? Pour qui se prennent-ils ces signataires de pétitions pour parler au nom des Ivoiriens au lieu de raisonner leurs chefs d’Etats belliqueux ?

Certainement que ces défenseurs attitrés des décisions très pro-Ouattara venues d’ailleurs et dont nombreux sont des Sénégalais derrière leur président Abdoulaye Wade, sont plus intéressés par la confusion en Côte d’Ivoire au point de trahir leur égoïsme conforme aux volontés d’une communauté internationale qu’ils représentent.

Rien de nouveau il faut le dire, il a toujours existé une élite de « Tirailleurs Sénégalais » en cravates, une « aristocratie grassement récompensée » comme dirait l’autre par la France et certains lobbies étatsuniens. Cette élite qui partage aujourd’hui les positions de Sarkozy est au courant comme le dit le président de France que « le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. » Ce n’est donc pas demain la veille d’un tel avenir avec une élite qui partage les positions de celui pour qui encore « le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.»

Comment peut-on conjurer le malheur quand cela reste une conséquence d’avoir un « bon nègre » français pour tenir la braise de l’incendie futur en Afrique ?  Autres questions, Sarkozy le président de l’Union pour la Méditerranée peut-il être meilleur conseiller pour l’Union Africaine au moment où l’autre président de l’UPM, j’ai nommé Moubarak est dans la tourmente ?

En voilà donc des hommes qui courent après les idées au point de s’allier avec Sarkozy le nouvel « Affreucain » ; gracieusement logés dans des think tanks, ils ignorent combien leurs structures ne produisent qu’une « démocrasserie » qui ne respecte ni coutumes, ni inspiration proprement africaines. Ils exemplifient la matérialité historique qui est que leurs ancêtres ont été les facteurs essentiels dans le développement du capitalisme, comme ils ont été les instruments de l’impérialisme. On ne s’étonnera donc pas qu’ils soient eux aussi la nouvelle garde du « globalisationnisme » (ou mondialisationnisme) économique.

Quant à nous, nous ne soutenons aucun président africain s’il s’avère qu’il serait une « garde noire » de la communauté internationale …C’est en ce sens que nous donnons un bénéfice du doute à Laurent Gbagbo et certainement sa femme en premier Mme Gbagbo. Ils sont l’exemple d’une Afrique qui dit non et dont la jeunesse actuelle a besoin de s’inspirer.

En outre, en cette période de refus des décisions qui sont loin de prendre en compte la réalité populaire, il nous semble que même mort, Gbagbo sera pour notre génération un héros comme Sankara l’a été !

[« Noir, Garde Noire, Nègre, Tirailleurs… » gardent un sens historique dans mon propos.]

p.-s. : « Globalisationnisme/Mondialisationnisme » et autres sont des néologismes au négatif des concepts ainsi transformés. Ceci dit, signalez-moi toute formulation malheureuse (je ne suis qu’un apprenant de la belle langue française que je respecte autant que ma langue maternelle). _ Avis de lecture: Abdoulaye Ly, Mercenaires Noirs, nous nous en sommes inspirés

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